Ma Critique de « Trois hommes dans un bateau » de Jérôme K. Jérôme

Après « Patient Zéro », dans lequel Philippe Besson part à la recherche du premier patient atteint du sida, et « Écoutez nos défaites », dans lequel Laurent Gaudé explore victoires et défaites dans un livre très beau mais parfois brutal voire violent, j’avais envie de lire quelque chose de plus léger et, surtout, j’avais envie de rire.

Trois hommes dans un bateau« Trois hommes dans un bateau » me trotte dans la tête depuis un moment. Il est réputé pour être un classique de l’humour anglais et, fan inconditionnel de PG Woodehouse que je suis, il était temps que je m’y frotte.

« Trois hommes dans un bateau (sans oublier le chien) » raconte les aventures de Jérôme, le narrateur, parti en voyage sur la Tamise avec deux amis, George et Harris (sans oublier le chien, Montmorency).

Il n’y a pas à proprement parler d’histoire. C’est tantôt un guide historico-touristique de la Tamise , tantôt une successions de scènettes et d’anecdotes plus ou moins drôles, plus ou moins claires, plus ou moins intéressantes.

La découverte de la société anglaise de la fin du XIXe siècle a parfois éveillé mon intérêt… mais sans plus. L’humour est sans doute par trop absurde pour moi, et il manque sans doute un petit quelque chose à ces 3 dandys fainéantes pour que je les apprécie vraiment.

Bref, je ne peux pas dire que j’ai détesté… mais vous sentez que je n’ai pas adoré.
Pour être honnête, disons que je l’ai lu sans déplaisir et sans éclater de rire… et que je l’ai fini avec un certain soulagement (le livre est court, heureusement).


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Sur le toit de la Philharmonie de Paris

Hier midi, on a profité des Journées du Patrimoine… mais pas loin de chez nous. On a été écouter de la flûte à la Cité de la Musique (c’était bien !) et ensuite on est monté sur le Belvédère de la Philharmonie (c’était beau !).

Car oui, depuis peu, le belvédère de la Philharmonie est désormais ouvert au public avec un chouette point de vue sur l’est parisien.

La preuve en (quelques) images (ben oui, avec les 2 loulous à gérer, je ne peux pas mitrailler ou faire tout ce que je veux… mais je trouverais bien le moyen d’y repasser un jour plus tranquillement) :

Ma critique de « Patient Zéro » de Philippe Besson

Patient Zéro« Patient Zéro » est ma deuxième lecture dans la collection Incipit (après « Les délices de 36 » de Nicolas Rey).

« Incipit », je vous le rappelle, propose à des écrivains de raconter une « première fois ».

Ici, Philippe Besson revient sur le mythe du patient zéro, le premier malade atteint du sida. Entendons-nous bien, il ne cherche pas un coupable, ni même un responsable, il détaille ce que l’on sait, et imagine ou extrapole ce qu’on ne sait pas.

Alors d’où vient le sida ? Philippe Besson énumère tous les cas suspects. Le premier date de 1959. Ce ne sont que des soupçons, tous plus ou moins étaillés et crédibles sans jamais pouvoir prétendre à devenir des certitudes.

Afrique, Danemark, Haïti… on se rapproche petit à petit des États Unis. Arrive ensuite l’année 1976, le bicentenaire des USA, qui voit converger vers New-York des matelots du monde entier, bien décidés à faire la fête. La dernière fête qui se fera avant que chacun soit conscient que le sida est en embuscade. La fin de l’innocence.

Le 5 juin 1981, le « cancer gay » est identifié par le CDC d’Atlanta.

En 1984, Gaëtan Dugas, coiffeur québecois, est catalogué « patient zéro ». Il est gay, a été stewart, et donc voyage beaucoup, il a une vie sexuelle débridée… bref, c’est le coupable idéal… sauf que. Sauf qu’on l’a vite catégorisé « patient zéro » quand, en réalité, il était pour les chercheurs le « Patient O » pour « Out of America » (par oppostion aux autres malades catégorisés par l’État dans lequel ils demeurent).

Ce court roman (une centaine de page) montre bien à quel point l’identification de la maladie fut long (sans parler des traitements, non, juste mettre un nom sur la maladie). Philippe Besson mêle habilement enquête scientifique et travail d’écriture pour raconter ces balbutiements de manière particulièrement sensible, avec beaucoup de pudeur et de bienveillance.


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Ma Critique de « Écoutez nos défaites » de Laurent Gaudé

Écoutez nos défaitesMa première lecture de la rentrée littéraire. Je n’ai pas pris de risques : on est rarement déçu avec Laurent Gaudé, et « Écoutez nos défaites » est un bien beau roman, mêlant une construction complexe et un style tout en finesse.

« Écoutez nos défaites », ce sont 6 histoires qui se mêlent et s’entremêlent. 3 personnages fictifs contemporains, 3 grandes figures historiques.

  • Assem est un agent des services secrets français, un tueur de la République. Sans remords mais pas forcément sans états d’âme.

« Es-tu prêt à partir ? » C’est cela que lui demande son oncle. Et il comprend mieux maintenant . On ne peut partir au combat avec l’espoir de revenir intact. « Souviens-toi de Mycénes… » Au départ, déjà , il y a le sang et le deuil. Au départ déjà , il faut accepter l’idée d’être amputé de ce qui vous est le plus cher. Au départ, déjà, la certitude qu’il n’y aura aucune victoire pleine et joyeuse.

  • Mariam est une archéologue irakienne. Elle travaille pour l’UNESCO et se bat pour retrouver les objets pillés au musée de Badgad lors de l’invasion américaine. Elle lutte contre les forces qui déstabilisent son pays et tout le moyen-orient, contre la barbarie qui représente l’exacte contraire de ce qu’elle est et de ce en quoi elle croit. Accessoirement, elle lutte aussi contre son cancer.

Elle a passé la journée à recueillir des témoignages et tous disent la même chose : la peur, le visage profond de l’effroi face à ces hommes dont le surgissement signifie l’éclipse de notre monde. Tout sera brûlé. Ils sont venus pour régner, s’emparer des villes, des corps, des esprits.

  • Sullivan Sicoh est un déserteur américain. Il faisait partie des services spéciaux américains. Il était à Kalafgan, au nord de l’Afghanistan, quand un drône américain a bombarbé une école et en 2011, il faisait partie de l’équipe qui a capturé, puis exécuté, Ben Laden à Abbottabad.

  • Le Général Grant se bat contre les armées confédérées lors de la
    guerre civile américaine. Artisan de la victoire des unionistes, il
    est surnommé le « boucher » tant les pertes de son armées sont
    collosales.

Jusqu’à sa mort il y aura cela en partage entre lui et les troupes ennemies : cet instant-là, tête basse, où l’homme est allé si loin qu’il n’en était plus un.

  • Un autre général, Carthaginois celui-là : Hannibal marche sur Rome à
    la tête de son armée, franchissant les Alpes avec ses éléphants.
    Hannibal veux faire fléchir Rome et faire ployer l’Histoire.

Ils égorgent, mutilent, un à un, jusqu’à ce que quinze mille corps salissent les eaux du lac de leur sang, quinze mille corps d’hommes qui pensaient vivre ce matin et qui flottent, trois heures plus tard, tandis que les brumes se dissipent enfin, offrant à Hannibal le spectacle horrible de sa victoire.

  • Enfin, c’est l’histoire d’Hailé Sélassié, le roi des rois, Empereur
    d’Éthiopie, descendant de la reine de Saba. D’abord en lutte contre
    l’envahisseur Italien, fuyant son pays, précipitant la fin de la SDN
    dans une quasi auto-dissolution puis en lutte contre son temps,
    perdant le rapport avec son peuple et son pays.

Ils comprennent alors que ce n’est pas un vaincu qui vient demande l’aumône. L’Histoire hésite-t-elle encore ? Il continue son discours, se sent de plus en plus fort. Rien ne peut l’ébranler. Il est de la lignée du roi Salomon. Que peuvent bien Badoglio et Graziani face à lui ? Il est de la lignée de la reine de Saba et ce qu’il est venu apporter ici, ce n’est pas une supplique. Les délégués commencent à le sentir et ils l’écoutent avec plus d’attention. L’empereur face à eux est un fossoyeur, pas de l’Éthiopie, mais de la Société dans laquelle ils siègent. C’est cela qu’il dit.

Chacun, tour à tour, seront victorieux ou défaits… mais chaque victoire porte en elle une défaite. La violence de la guerre, tout le sang versé, toutes les vies brisées, tout cela est magnifiquement décrit et dit bien le prix de la guerre. Quelle guerre mène vraiment à une victoire ?

Le livre est écrit à la première personne du singulier. À chaque début de paragraphe, le narrateur change. Il faut un temps pour s’y habituer, pour retrouver qui parle, restituer l’époque… mais rapidement, une étrange cohérence transparait au travers de ces récits. Laurent Gaudé arrive à abolir les frontières et la temporalité.

Quelle vie sera possible après tout cela ?
Comment pourra-t-il oublier l’odeur de la poudre, la vision des cadavres ? Il est resté trop longtemps dans la guerre.
Des jeunes gens sont morts d’avoir suivi ses ordres.


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