Ma critique de « L’homme qui s’envola » de Antoine Bello

J’avais dévoré « les falsificateurs », « les éclaireurs » et « les producteurs », je les ai ensuite beaucoup conseillé, et on m’en a souvent remercié… C’est donc avec un réel enthousiasme que je me suis proposé quand Babelio a proposé à ses membres de lire son dernier roman puis de le rencontrer, et ce fut un vrai plaisir quand j’ai appris que j’avais été sélectionné.

Bref, je viens de finir « L’homme qui s’envola », et lundi prochain j’aurais la chance de rencontrer Antoine Bello chez Gallimard !

L’homme qui s’envola, c’est John Walker (mais tout le monde l’appelle juste « Walker »). Walker est un privilégié : riche entrepreneur à qui tout réussi, mari et père comblé, il est envié et admiré. Bref, il a tout pour être heureux, il ne peut que être heureux… en tout cas, vu de l’extérieur car lui, Walker, déteste sa vie. Réussite professionnelle, félicité familiale, position sociale ne sont pas, pour Walker, des satisfactions mais des obligations. Qui plus est, ce sont des obligations qui prennent encore et toujours plus de place dans sa vie, et plus de temps dans son agenda. Or, pour Walker, le temps est un combat de tous les instants, presque une obsession. Il cherche en permanence à en gagner. Il est prêt à dépenser beaucoup pour grappiller quelques secondes, pour éviter toute attente superflue. Il est le pilier sur lequel s’appuie sa famille, le mari dévoué, le père impliqué, l’homme d’affaires qui depuis 15 ans a su développer l’entreprise familiale jusqu’à en faire le premier employeur de son État mais, lui, Walker, a l’impression de se sacrifier, de sacrifier son temps, et donc sa vie.

Walker ne comprenait pas cette logique : si chaque génération s’effaçait au profit de la suivante, quand s’épanouissait-on ?

Walker détestait sa vie.
Son temps lui échappait. Entre Sarah, les enfants, la boîte, il n’avait pas une minute à lui.
Il n’en avait pas toujours été ainsi. Il avait connu durant ses premières années chez Wills l’ivresse du bâtisseur. Il contentait des clients, faisait vivre des fournisseurs, embauchait des jeunes ; bref, il créait la richesse que les banquiers de Wall Street ne savent que brasser. Il avait l’impression d’employer au mieux ses talents. Sous la houlette bienveillante de Raymond, il développait ses compétences, apprenait de ses erreurs, entraînait dans son sillage des lieutenants avides de ses oracles. Quand lui venait une idée, il la mettait aussitôt en pratique et n’attendait jamais longtemps pour en mesurer les résultats.

Pour se donner du courage, pour s’imaginer une échappatoire, il joue avec l’idée de changer de vie. Se libérer de sa vie. Pas divorcer, non, ce serait remplacer ses contraintes par de nouvelles, ça ne résoudrait rien. Et puis, il aime sa femme et ses enfants, il ne veux pas leur faire de mal. Alors, paradoxalement, il préfère jouer avec l’idée de disparaitre… C’est la dernière liberté qui lui reste. La seule solution. Simuler sa mort pour mieux reprendre le contrôle de sa vie.

La première partie du roman décrit avec précision le cheminement qui amène Walker à imaginer puis organiser sa disparition. Cette partie est troublante car, tout extrême que puisse être cette solution, Antoine Bello fait preuve d’une psychologie étonnante pour que le lecteur se prenne à s’identifier à Walker, à le comprendre, presque à valider son raisonnement. Cette faculté est rare. Il y a 15 ans, j’ai ressenti quelque chose d’assez proche sous la plume de Martin Page avec le héros de son roman « Comment je suis devenu stupide » (ce héros j’avais vraiment l’impression que c’était moi !), aujourd’hui, alors que je suis désormais marié, parisien, père de 3 enfants, je me suis senti assez proche de Walker. Enfin, soyons juste et soyons précis, je me suis senti proche de lui, sans que, moi, je ne ressente l’envie de disparaitre. Mais j’ai compris et trouvé particulièrement crédible son raisonnement.

Walker aurait detesté ses obsèques.
La preuve, il n’est même pas venu.

La seconde partie du roman est plus complexe, elle entremèle 3 voix, 3 points de vues : Walker, sa femme Sarah et Sheperd.

Sheperd est un « skip tracer », un sorte de détective privé, embauché par la compagnie d’assurances de Wills (la société de Walker) pour enquêter sur la disparition de Walker, et valider, ou non, le versement de la prime d’assurance « Homme-clé » souscrite sur sa vie. Sheperd est le meilleur dans son domaine, il flaire rapidement le subterfuge et démarre alors une traque impitoyable.

Walker, quant à lui, prends la mesure de son acte, de son caractère irrémédiable. Il doit apprendre à vivre avec, à vivre l’après, en plus d’apprendre à vivre autrement pour ne laisser aucune prise à Sheperd, à éviter ses pièges, comprendre ses méthodes pour mieux les contrecarrer, trouver sans cesse de nouvelles parades et de nouveaux stratagèmes pour se protéger.

Sarah, enfin, d’abord veuve éplorée, écrasée de chagrin mais qui se doit de rester forte, pour ses enfants, pour la mémoire de Walker et pour sa société. Aiguillée par Sheperd, elle découvre bientôt, incrédule, l’incroyable réalité. Elle est perdue et en colère puis, rapidement, la colère laisse place au besoin de comprendre, de chercher une explication.

Walker et Sheperd sont des adversaires aussi coriaces l’un que l’autre. Le jeu de piste devient jeu de rôle car Sheperd se rends rapidement compte que pour retrouver Walker, il faut penser comme Walker, alors même que Walker s’évertue à prévoir les actions de Sheperd, mieux les anticiper pour mieux les déjouer. Jeu de piste, jeu de rôle… presque jeu d’échec, chacun s’efforçant d’avoir plusieurs coups d’avances.

Les points de vue de Walker comme de Sarah nous questionnent sur le bonheur, la félicité conjugale, la paternité heureuse… concepts qu’on découvre éminemment subjectifs.

Le roman est passionnant, du genre qui se lit de plus en plus vite au fur et à mesure qu’on avance dans le livre et dans l’histoire. Un suspens qui tient plus au déroulement de l’intrigue qu’à sa résolution. La traque est prenante, la psychologie des protagonistes particulièrement étudiée et convaincante. Bref, une histoire toute en finesse, des personnages d’une grande complexité, quelques scènes très touchantes, beaucoup d’émotion, mais aussi quelques touches d’humour bienvenues. Une vraie réussite. Encore une.

« Hello my game is… » : le musée en herbe devient le nouveau terrain de jeu d’Invader

« Hello my game is… » : le musée en herbe devient le nouveau terrain de jeu d’Invader

Entre le fait qu’il s’agit d’Invader, et la localisation au musée en herbe, forcément, on était un peu obligés d’y aller… Aujourd’hui, donc, petite après-midi avec les garçons.

Résumé des épisodes précédents

Invader est un artiste français qui installe sur nos murs de petits dessins en mosaïques, inspirés des pixels des premiers jeux vidéos classiques, et ce depuis plus de 20 ans.

Personnellement, ça doit effectivement faire presque 20 ans que je m’amuse à les « collectionner » (enfin à les photographier, quoi). J’en ai un peu plus de 350 dans mon album Flickr (au début, c’était des lomos, depuis quelques années, ce sont des instagrams).

J’avais déjà visité une expo d’Invader en 2011 mais j’ai trouvé aujourd’hui que l’expo était plus claire, plus pédagogique mais aussi plus ludique.

L’expo

Dès l’arrivée, un invader est là, en l’air, pour nous accueillir. Un écran présente les dernières photos envoyées via l’appli d’Invader (je suis présent deux fois sur la photo que j’en ai prise ! Vous noterez que l’invader de l’expo est flashable.) et quelques distributeurs d’autocollants (qui était déjà là en 2011).

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Ensuite, l’expo est composée de 4 salles, 4 « levels » quoi (belle trouvaille).
Des livrets sont donnés aux enfants, et ils sont plutôt biens faits. À chaque âge son livret, pour les petits et les grands envahisseurs (s’ils le remplissent bien, ils gagnent un tatouage :)).

La première salle est là pour nous familiariser avec l’univers d’Invader : son rapport aux jeux vidéos, et à la culture qui en dérive. Des œuvres mais aussi des petites bornes d’arcade :).

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La deuxième salle montre l’étendue du travail d’Invader : sur les 4 continents… et même à l’intérieur de la Station Spatiale Internationale ! Elle contient une carte des villes « envahies » et une liste de reproductions d’œuvres d’Invader. Une console permet de découvrir ces œuvres « in situ » via de courtes vidéos sur un (grand) écran, allumant alors une lampe sur la mappemonde, et une autre sur l’invader associé. Bientôt bien vu, ça a beaucoup plu aux enfants !

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La troisième salle permet de découvrir une autre facette de l’œuvre d’Invader  : il n’a pas fait que des mosaïques en carrelages, il a aussi joué avec un autre symbole iconique des années 70 : le Rubbiks Cube. Là aussi, l’installation est assez bluffante puisque les Rubbiks n’ayant que 6 couleurs, les œuvres ne sont pas simples à appréhender. Ce qui est bien vu, c’est que vue à travers une paire de jumelles, utilisées à l’envers (ou via l’écran d’un Smartphone), elles deviennent tout de suite évidentes. C’est juste magique !

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Enfin, la quatrième est dernière salle présente l’atelier d’Invader. On peut y voir un espace impressionnant, avec quelques (petits) écrans bien pensés, intégrés dans la photo, ou visibles via quelques trous ménagés dedans. On découvre également les masques utilisés par Invader quand il installe ses mosaïques (je n’avais jamais percuté qu’il mettait un masque en relation avec l’œuvre en cours d’installation !). Enfin, un grand tableau blanc et pleins de petits magnets carrés de couleurs permettent aux enfants (petits ou grands, de 3 à 103 ans) de réaliser leurs propres invaders.

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Bref, vous l’aurez compris, c’est un gros coup de cœur, et je dois dois dire que ça a aussi beaucoup plu aux enfants (ils veulent y retourner). Si vous n’y avez pas encore été, foncez ! C’est jusqu’au 3 septembre !

Ma critique de « Agatha Raisin enquête : la quiche fatale » de MC Beaton

Agatha Raisin est dynamique mais, à 52 ans, elle décide de revendre sa boite de comm’ londonienne pour réaliser un rêve d’enfance et prendre une retraite anticipée à Carsely, un petit village des Cotswold, une verdoyante campagne du coté d’Oxford.

Mais Agatha est plutôt solitaire, et puis elle a le caractère bien trempé, elle est un brin agaçante, elle peut être quelque peu vindicative… alors ce n’est pas aussi facile qu’elle l’avait imaginé de se faire à sa nouvelle vie et de s’intégrer dans son nouveau village.

En bonne (ex) communicante, elle ne s’avoue néanmoins pas vaincue et fait ce qu’elle peut pour remédier à cette situation. Elle a une idée lumineuse : elle va participer au grand concours de quiche du village. Si elle gagne, ils ne pourront plus l’ignorer ! Le seul problème c’est qu’évidemment Agatha ne sait pas cuisiner, elle se nourrit quasi exclusivement de plats préparés qu’elle réchauffe au micro-onde. Qu’à cela ne tienne, elle n’a qu’à acheter une succulente quiche chez un traiteur londonien et tout le monde n’y verra que du feu… sauf que… sauf que non seulement, elle ne va finalement pas gagner le concours mais, en plus, Mr Cummuings-Browne, le juge du concours, va mourir le soir même en mangeant la fin de sa quiche qui se révèle empoisonnée ! Agatha vient se faire deux réputations d’un coup : tricheuse et empoisonneuse !

Une lecture sympathique et plutôt divertissante, à conseiller plus aux amoureux de la campagne anglaise qu’aux adaptes de polars : l’intrigue est plutôt mince, et c’est plus l’ambiance, les décors, les personnages, et l’humour tout anglais qui font apprécier le roman, voire qui vous feront finir par apprécie cette sacrée Agatha.


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