Ma critique de « Gagner la guerre » de Jean-Philippe Jaworski

On m’a beaucoup conseillé « Gagner la guerre », beaucoup le qualifient de « Chef d’œuvre », il est présent dans nombre de listes « Meilleurs livres de… » sur Sens Critique. Bref, je ne pouvais qu’être intrigué, attiré… et y céder.

Ai-je été séduit ? Pas complétement. Ce n’est ni un coup de cœur, ni une réelle déception. Un bon roman mais qui me laisse sur un sentiment mitigé.

Le positif, et le plus impressionnant, c’est incontestablement l’univers dans lequel se situe le roman : le « Vieux royaume » est un monde parfaitement cohérent, imaginaire mais fortement inspiré de l’Europe de la Renaissance italienne.

  • La République de Ciudalia, tellement bien décrite qu’elle en devient presque un des personnages principaux du roman, fait immanquablement pensé à la Sérénissime Venise, décadente et pourrie mais aussi vivante et terriblement attachante.

Ciudalia trônait sur le bord du continent. Plus fière que jamais, elle faisait mentir par sa magnificence tous les bruits de désastre. Il suffisait de la contempler , la garce splendide, serrée dans ses jupes de pierre et ses corsages de marbre, pour saisir le fin mot de la terrible affaire où nous sombrions tous. C’était une croqueuse d’hommes.

  • Son ennemie jurée, Ressine, gouvernée par son Chah est vraisemblablement inspirée de l’Empire Ottoman.
  • Kaellsbruck semble celtique, la Principauté du Sacre et ses chevaliers évoque les chevalier teutoniques, etc.

Les personnages sont complexes, aucun n’est un héros, ni même simplement quelqu’un de bien. En fait, pas un seul n’inspire vraiment la sympathie, tous questionnent notre sens moral.

  • Le personnage principal du roman, don Benvenuto Gesufal, assassin de la guilde des chuchoteurs, maître espion de son Excellence le Podestat de la République est un pur produit des bas-quartiers de Ciudalia : un mercenaire cynique, parfait tueur sans grands scrupules, tour à tour canaille distrayante et personnage odieux et parfaitement détestable. Il a un instinct de survie sans faille et un don pour se fourrer, mais aussi se sortir, des pires situations.

Vous qui êtes en train de me lire, ne le faites vous pas pour vous distraire ? Et, quoique vous sachiez que je suis une inqualifiable crapule, n’êtes vous pas un peu mon ami ?

  • Leonide Ducatore, Podestat de la République, l’homme politique parfait : machiavélique, sans scrupules, capable de tout pour arriver à ses fins, y-compris les coups les plus tordus. Sa loyauté n’est jamais acquise, il est capable de tout sacrifier, y-compris sa famille, si cela sert ses intérêts.

Quel gâchis, Benvenuto… Un homme si vaillant, si brillant! J’espère qu’il a pu aller au fond des choses avant de s’éteindre. Réaliser que je ne le tuais pas par haine, mais par admiration. J’espère qu’il a pu saisir que cette mort, malgré toute son ignominie, restait une forme d’hommage…

  • Sassanos, le Sapientissime, sorcier du Podestat, l’un des personnages les plus noirs, mais aussi l’un de plus intéressants du roman (difficile de vous en dire plus sans spoiler, désolé).

Car oui, le « Vieux Royaume » est une sorte d’uchronie mais « Gagner la guerre » est aussi un roman de Fantasy : on y croise quelques elfes, un nain et quelques adeptes de la magie… Elle y occupe une place moindre que les intrigues politiques, les coups tordus et les intrigues des vieilles familles de la République, mais elle vient ajouter un peu de piquant à l’histoire.

Bref, c’est un bon roman, un style étonnant, mêlant des passages très recherchés et qu’on sent très documentés, avec de piquantes expressions argotiques et une gouaille réjouissante, mais aussi quelques longueurs (ce qui ne pardonne pas pour un roman qui fait quand même près de 1000 pages) et, finalement, des personnages tous plus détestables les uns que les autres… C’est peut-être cela qui m’a fait perdre en empathie… et donc en intérêt ?

Assurément, cela reste un roman « à lire », … mais un chef d’œuvre ? Pas vraiment.


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