Trucs critiqués

Marivaudage à Auschwitz

Critique de « La zone d’intérêt » de Martin Amis

La Zone d'intérêtL’endroit n’est jamais mentionné mais on reconnait Auschwitz.

Trois voix se succèdent sous la plume de Martin Amis pour raconter l’irracontable dans une farce burlesque :

  • Paul Doll, le commandant du camp, ridicule, alcoolique, mauvais fonctionnaire et fonctionnaire foncièrement mauvais,
  • Angelus Thomsen, un officier SS, protégé par son oncle, secrétaire du « chef » (Hitler n’est jamais cité dans le roman), intelligent et lucide, amoureux de la femme du premier,
  • Szmul, un déporté juif polonais, « Sonderkommando » (c’est à dire les équipes de juifs affectés à la gestion des victimes du camp) ce qui en fait l’un des hommes les plus tristes de l’humanité.

Le roman divise (il a d’ailleurs été refusé par Gallimard, l’éditeur habituel de Martin Amis en France) mais je le trouve vraiment bouleversant, d’une mécanique précise, d’un style sophistiqué et d’une logique imparable : une farce qui ne fait pas rire, du burlesque qui ne vous laisse qu’un goût de cendre, un roman glaçant et effroyable… quoi de mieux pour illustrer à quel point on ne peut comprendre comment un peuple a pu en arriver à soutenir l’appareil nazi et comment l’appareil nazi a pu imaginer la solution finale ?

Je finirais donc ma critique par une citation de Primo Levi : « Peut-être que ce qui s’est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure où comprendre, c’est presque justifier. »

Le roman ne dit rien d’autre : on ne peut pas le comprendre. Il n’empêche que nous avons besoin d’œuvres comme « La zone d’intérêt » qui nous le rappelle. Pour ne pas oublier. Jamais.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Mes (sens) critiques du mois

Ce mois-ci, j’ai été voir 2 films :

Magic in the Moonlight

Magic in the Moonlight, de Woody Allen

Vous connaissez les romans de Sir PG Woodehouse ? Jeeves and co ?

Bon, hé bien là, pareil. Comme si Sir PG Woodehouse avait réalisé un film.

Bon, vous me direz qu’en y réfléchissant, on le sentait venir, que Woody a toujours été le plus européen des réalisateurs américains. Certes… mais là, pire. L’équipe, le lieu, les personnages, les fiançailles… tout m’y fait penser.

Bref, si comme moi vous êtes fan de Woodehouse, allez le voir ! (et si vous avez été le voir, que vous l’avez aimé et que vous ne connaissez pas Woodehouse, hé bien lisez-le !

Ma critique sur senscritique

Mommy

Mommy, de Xavier Dolan

D’habitude, je fais rapidement ma critique mais là il m’a fallu quelques jours… Je savais que j’avais aimé, pour sûr, mais je n’arrivais pas encore à bien analyser mon sentiment.
C’est un OVNI : le format, le ton, le rythme de la narration… Tout en délicatesse : Xavier Dolan sait raconter une grande et belle histoire, pleine de petits détails et de grandes ellipses. On apprends à connaître, puis à aimer les personnages… c’est vraiment magistral. À voir absolument… puis laisser décanter… et, éventuellement, revoir ?

Ma critique sur senscritique

J’ai lu 1 livre (enfin, j’en ai critiqué un mais j’ai bien plus lu que cela… c’est juste que je me suis relancé dans le Cycle « Ender » d’Orson Scott Card… que je ne critiquerais qu’à la fin du 5ème et dernier tome) :

Le Royaume

Le Royaume, d’Alexandre Carrère

Ça commençait bien : entre auto-biographie et récit du premier siècle de l’ère chrétienne… mais on finit par s’y perdre.

C’est dommage car, malgré cela, je suis content de l’avoir lu et j’ai vraiment appris beaucoup de choses… mais j’ai le sentiment que ça aurait pu être mieux construit, plus dirigé… bref une bonne lecture mais une petite déception…

Ma critique sur senscritique

Mon Top 10 Livres

Laurent a publié sur Facebook son Top 10, je me suis dit que c’était une bonne idée, ça m’a donné envie… je viens donc de publier le mien sur SensCritique… mais j’avais aussi envie d’en parler ici. Donc :

  1. Du côté de chez Swann – À la recherche du temps perdu, tome 1 (1913) – Marcel Proust
    Parce que Proust, ce ne sont pas des mots, des phrases, Proust, c’est de la musique
  2. L’Écume des jours (1947) – Boris Vian
    Parce que ça a été l’un des premiers écrivains à me faire vibrer et qu’il fallait bien choisir un de ses livres, c’était obligé.
  3. Le Guide du routard galactique (1979) – Douglas Adams
    Parce que 42.
  4. Sur la route (1957) – Jack Kerouac
    Parce qu’au lycée, c’était une évidence et qu’il faut jamais complétement oublié le lycéen qu’on était.
  5. Le Joueur d’échecs (1943) – Stefan Zweig
    Parce que ce n’est qu’une nouvelle mais qu’elle donne bien plus matière à penser que bien des romans.
  6. Le Soleil des Scorta (2004) – Laurent Gaudé
    Parce que quand Laurent Gaudé me parle des Pouilles, j’ai chaud et je sens le vent sur ma peau.
  7. Anna Karénine (1877) – Léon Tolstoï
    Parce que la Russie de Tolstoï mérite bien de figurer dans min top 10.
  8. Le Portrait de Dorian Gray (1890) – Oscar Wilde
    Parce qu’Oscar Wilde.
  9. L’hôtel New Hampshire (1981) – John Irving
    Parce que c’est l’un des livres qui m’a le plus remué les tripes.
  10. La Possibilité d’une île (2007) – Michel Houellebecq
    Parce que Houellebecq ce n’est pas que de la provoc’…

J’ai bien conscience que ce n’est qu’un exercice ponctuel, qui ne reflète que qui je suis aujourd’hui, voire ce soir, et qu’en même temps cette sélection reflète aussi une certaine nostalgie des émotions ressenties quand j’ai lu ces livres… mais je crois cette liste assez fidèle même si bien incomplète.