Ma critique de « Agatha Raisin enquête : la quiche fatale » de MC Beaton

Agatha Raisin est dynamique mais, à 52 ans, elle décide de revendre sa boite de comm’ londonienne pour réaliser un rêve d’enfance et prendre une retraite anticipée à Carsely, un petit village des Cotswold, une verdoyante campagne du coté d’Oxford.

Mais Agatha est plutôt solitaire, et puis elle a le caractère bien trempé, elle est un brin agaçante, elle peut être quelque peu vindicative… alors ce n’est pas aussi facile qu’elle l’avait imaginé de se faire à sa nouvelle vie et de s’intégrer dans son nouveau village.

En bonne (ex) communicante, elle ne s’avoue néanmoins pas vaincue et fait ce qu’elle peut pour remédier à cette situation. Elle a une idée lumineuse : elle va participer au grand concours de quiche du village. Si elle gagne, ils ne pourront plus l’ignorer ! Le seul problème c’est qu’évidemment Agatha ne sait pas cuisiner, elle se nourrit quasi exclusivement de plats préparés qu’elle réchauffe au micro-onde. Qu’à cela ne tienne, elle n’a qu’à acheter une succulente quiche chez un traiteur londonien et tout le monde n’y verra que du feu… sauf que… sauf que non seulement, elle ne va finalement pas gagner le concours mais, en plus, Mr Cummuings-Browne, le juge du concours, va mourir le soir même en mangeant la fin de sa quiche qui se révèle empoisonnée ! Agatha vient se faire deux réputations d’un coup : tricheuse et empoisonneuse !

Une lecture sympathique et plutôt divertissante, à conseiller plus aux amoureux de la campagne anglaise qu’aux adaptes de polars : l’intrigue est plutôt mince, et c’est plus l’ambiance, les décors, les personnages, et l’humour tout anglais qui font apprécier le roman, voire qui vous feront finir par apprécie cette sacrée Agatha.


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Ma critique de « Marie Curie prends un amant » d’Irène Frain

Ma critique de « Marie Curie prends un amant » d’Irène Frain

« Marie Curie prends un amant » était depuis un petit moment dans ma liste de lecture. Je crois que j’avais été attiré par le titre, autant par « Marie Curie » que par « prends un amant », mais que j’avais un peu peur du coté « biographie »… du coup, il a longtemps stagné en milieu de pile. Et puis un jour, c’était le bon jour, et je m’y suis mis… et je dois avouer un vrai coup de cœur pour ce livre.

Le point de départ, c’est un petit livre déniché chez un bouquiniste. En fait, 2 fascicules reliés, 2 numéros d’une revue d’extrême droite datant de fin 1911 et consacrés au « Scandale Langevin-Curie ». Je ne connaissais pas cette histoire  Paul avait été l’élève de Pierre, il était marié, mais mal marié, et même battu… Mais en 1911, Marie, veuve depuis quelques années déjà, et Paul aurait eu une histoire d’amour… qui s’est terminé par ce scandale.

De ce point de départ, et grâce à un travail de recherche incroyable, Irène Frain raconte une histoire vraisemblablement assez fidèle à la réalité. L’enquête tient autant à un travail de journaliste que d’historien. Il a fallu, bien souvent, passer par des voies détournées car on manque cruellement de traces (Marie Curie a détruit beaucoup de documents, elle a aussi demandé à ses amis de faire de même. Pas beaucoup plus de traces aux RG où les dossiers des protagonistes ont été souvent expurgés).

J’ai été particulièrement impressionné par l’analyse ingénieuse des carnets de comptes de Marie Curie et de ce qu’elle a pu en tirer comme conclusions. En effet, Marie a toujours accordé une importance à sa comptabilité : elle gardait trace de toutes ses dépenses. D’abord dans de petits carnets qu’elle gardait avec elle, puis dans des livres où elle recopiait au propre et vérifiait. Ces carnets existent toujours et Irène Frain les a analysé sous un angle statistique pour les faire parler.

À cela s’ajoute un remarquable travail de bibliographie, des visites sur les lieux, l’analyse de quelques photos, de la presse de l’époque.

La lecture est passionnante. On apprends énormément sur la vie de Marie Curie. Son arrivée en 1891 pour faire ses études à Paris (elle logeait dans mon pâté de maison, vous y croyez ??), sa rencontre avec Pierre qui, comme elle, ne vivait que pour la Sciences et avait fait vœu d’y consacrer sa vie… Rencontre incroyable tant ils partagent de choses : la défense de Dreyfus, la croyance dans le progrès, dans l’éducation du peuple, dans la justice sociale, la défense des droits des femmes, la probable instabilité des atomes… Ils s’unissent, autant en tant que Marie et Femme, que pour leurs recherches. Ils auront d’ailleurs quatre enfants : deux filles, Irène et Ève, une petit garçon mort quelques heures après sa naissance et, enfin, le radium (Marie l’appellera toujours son « enfant »)

1903, leur premier prix Nobel, la première fois qu’il sera remis à une femme… Et ne première campagne où une certaine presse l’accuse de n’être que l’inspiratrice de son mari, son assistance dévouée… forcément, une femme… polonaise de surcroit.

Puis c’est la mort de Pierre, une période douloureuse mais Marie s’en sortira forcément. Elle a son travail, elle a la Science, elle a aussi une incroyable force de caractère. Et puis elle a aussi nombre d’amis qui lui sont dévoués. Puis ce sera son refus de la légion d’honneur (ce qui est bien plus compliqué que de l’accepter), sa tentative pour se faire élire à l’Académie des Sciences (les salles de la coupole sont, jusque là, interdites aux femmes… mais ce n’est qu’une tradition, rien n’est inscrit dans les règlements) et une nouvelle campagne dénonçant la femme, l’étrangère, qui travaille…. Le Figaro titrera à propose de cette affaire : « Nous avons déjà plus de femmes de lettres qu’un pays civilisé ne peut en supporter. Que les dieux favorables nous épargnent une génération de femmes de science »

Marie est une femme incroyablement forte, elle surmonte tous les outrages, ferme et fière. Mais l’affaire Langevin Curie, au moment même où elle est pré sentie pour un second Prix Nobel (elle est à ce jour la seule à en avoir reçu deux, dans deux matières différentes qui plus est !), est incroyablement dure. C’est un vrai lynchage médiatique, elle est agressée, on lui demande de rentrer en Pologne…

Bref, je vous en déjà dit beaucoup, désolé, mais j’ai du mal à m’en empêcher.

Je rajouterais que, si la vie de Marie Curie est si passionnante, c’est aussi grâce à tous les personnages secondaires tous plus intéressant les uns que les autres. L’auteur note à un moment que lors d’un diner chez les Langevin, il y avait pas moins de 5 futurs prix Nobel autour de la table. Et ceux qui ne seront pas Nobel sauront se distinguer : Jean Perrin qui fondra le Palais de la Découverte et le CNRS, Marguerite qui fondera le prix Femina… C’est ça le petite bande de Marie, et Irène Langevin a su merveilleusement en traduire l’énergie bouillonnante. Comme elle a su donner un aperçu de l’incroyable aventure du 1er congrès Solvay où, pendant 4 jours, à Bruxelles, Marie et une vingtaine d’autres physiciens, dont Albert Einstein discutent de la nature profonde de la Nature, ouvrant la voie à la physique moderne en acceptant comme valable la théorie de quantas.

Le 1er congrès Solvay

Aujourd’hui, personne ne se souvient de ce scandale. Marie Curie est une icône. Depuis 1995, ces cendres et celles de Pierre sont au Panthéon (celles de Paul Langevin aussi).

Sa fille Irène gagnera également un prix Nobel. Son autre fille, Éve, avait coutume de dire en riant qu’elle était la honte de la famille Curie car elle n’en avait pas… mais elle a eu une vie incroyablement riche également (son mari a eu un prix Nobel d’ailleurs).

Enfin, dernière revanche posthume pour les 2 amants, en 1948, Hélène Joriot, petite fille de Marie, épousa Michel Langevin, petit fils de Paul…

Bref, une histoire vraiment passionnante, écrite dans un style journalistiques particulièrement adapté. Un roman vrai sur un personnage incroyable.


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Ma critique de « Doctor Who: City of Death » de Douglas Adams et James Goss

Ma critique de « Doctor Who: City of Death » de Douglas Adams et James Goss

Je suis un fan inconditionnel de la série britannique « Doctor Who » et pourtant, je dois avouer que je n’avais jamais regardé un seul des épisodes « classiques », je ne connais que les docteurs depuis le reboot, or Christopher Eccleston était déjà le 10e docteur et plusieurs centaines d’épisodes avaient déjà été diffusés par la BBC depuis 1963.

L’an dernier, la version livre d’un épisode mythique est sortie, cela m’a intrigué (je vous explique pourquoi après) et, forcément, je l’ai lu, puis je l’ai vu, puis je me suis renseigné.

« City of Death » est donc le 105e épisode de la 1ère série du Doctor Who. Il a été diffusé le 10 octobre 1979 et reste aujourd’hui considéré, notamment par les britanniques, comme l’un des meilleurs de la série (c’est la 1ère raison de mon intérêt).

L’histoire se passe en 1979, à Paris (voici la 2e raison de mon intérêt !). On y retrouve le 4e docteur (le docteur « classique » préféré des britanniques) et son compagnon de l’époque, Romana (qui n’est pas humaine, c’est une Time Lady !). Le docteur et Romana sont en vacances… mais rapidement ils vont être témoins d’étranges phénomènes temporels puis, visitant le Louvre, ils se retrouvent mêlés à un projet de vol de la Joconde. Le Comte Scarlioni en a besoin pour financer ses recherches sur le voyage dans le temps. On découvrira rapidement que le Comte n’est pas humain non plus, il s’appelle en fait Scaroth et est le dernier des Jagaroth. Je n’en dit pas plus, je vous laisse lire (ou voir).


La 3e raison de mon intérêt tient à l’auteur de l’épisode. Il est attribué à « David Agnew », mais ce n’est qu’un pseudo derrière lequel se cache en fait 3 personnes :

  • La première, David Fischer, a imaginé la trame principale de la 1ère version du scénario
  • Les deux autres qui l’ont largement réécrit, sont Graham Williams mais, surtout, Douglas Adams. Ce n’est pas Douglas Adams qui a écrit le livre car il a jugé ridicule la première proposition qu’on lui a fait (600 £) et n’avait plus de temps pour le faire quand on lui propose plus. L’adaptation vient donc seulement de se faire, à titre posthume, grâce à l’autorisation de ses ayants-droits.

Voilà un pan de l’œuvre de Douglas Adams dont je n’avais pas idée ! Moi, fan du Docteur et fans du routard (sans oublier Dirk Gently ni le Spaceship Titanic), je ne pouvais qu’aimer… et j’ai beaucoup aimé !

Ceci dit, quelques remarques quand même pour nuancer :

  • J’ai évidemment préféré le livre aux épisodes, bien plus riche et sans doute aussi moins daté. Les épisodes sont sans doute considérés comme modernes pour l’époque… mais, vus en 2017, ils n’ont rien à voir avec les productions actuelles.
  • Le livre, comme le film, sont très drôles. Doctor Who est souvent drôles mais, l’influence de Douglas Adams, rends cette histoire vraiment brillante
  • Quelques faiblesses scénaristiques à déplorer (je crois que Douglas Adams les appelaient « licences créatives »…) : l’un des lieux/époques visités se trouve être la terre d’il y a 400 millions d’années et le Docteur y voit l’apparition de la vie… Alors, déjà, l’apparition de la vie sur Terre, ce n’est pas 400 millions mais 4,5 milliards (un facteur 10 quand même !) et les conditions y étaient telles qu’on ne pourraient pas sortir du Tardis pour la visiter (respirer toussa…).


Si on passe outre ces quelques incohérences, et qu’on se laisse porter par la joyeuse bande du Docteur, par les réjouissantes scènes parisiennes et l’intrigue plus qu’étonnante, c’est un bonheur à lire.

Je conseille les épisodes aux inconditionnels, mais le livre à tous !


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