Ma critique de « Dans le désert » de Julien Blanc-Gras

Voyager, c’est découvrir que tout le monde a tort. » Aldous Huxley

Infatigable écrivain voyageur, Julien Blanc-Gras nous fait cette année découvrir la péninsule arabique. Du Qatar à Oman, en passant par Dubaï, en essayant de passer par le Bahreïn (les journalistes n’y sont pas bienvenus), et sans passer par l’Arabie Saoudite (le pays tout entier est interdit aux non-musulmans). Dans tous ces voyages, il essaie de rencontrer des locaux pour mieux les comprendre et, éventuellement, s’en faire des amis. Y arrivera-t-il dans ces pétromonarchies ?

Le projet est d’autant plus intéressant que nous avons, nous occidentaux, une connaissance assez lacunaire de ces pays, faite de clichés, d’idées préconçues et surtout sans nuances. Défaut que Julien Blanc-Gras admet lui-même partager.

On en parle beaucoup, de ces pétromonarchies du Golfe, et on en parle pas toujours en bien. Elles sont accusées, pêle-mêle, d’acheter la France, de financer le terrorisme, d’opprimer les femmes, de pratiques l’esclavage et de s’accaparer les meilleures pièces du magasin Vuitton des Champs-Élysées. On en parle surtout de loin et j’ai envie de voir de plus près. »

Ces pays se ressemblent, certes, car ce sont tous des États autoritaires (pour ne pas dire totalitaires) qui naviguent entre tradition et modernité depuis que la découverte sur (enfin sous) leur sol d’immense réserve de pétrole et gaz a chamboulés leur mode de vie, transformant pêcheurs et bédouins en rentiers en moins de 40 ans.

Ils se ressemblent mais on découvre, une fois sur place, qu’ils sont également très différents les uns des autres…

Julien Blanc-Gras est très ouverts et très curieux. Il va donc faire bon nombre de rencontres… mais assez peu avec des locaux. Le choc culturel est dur, la glace n’est pas facile à briser. Qataris, Dubaïotes et Bahreïnien sont aujourd’hui minoritaires dans leurs pays, et ont développés d’étonnants mécanismes pour protéger leurs modes de vie et leurs traditions.

Disons-le, ce roman m’a beaucoup plus. Encore une fois, Julien Blanc-Gras a su aller au-delà des clichés et nous emmener à sa suite dans sa découverte de ces pays, avec beaucoup d’humour, une humilité et une autodérision impressionnante et un regard décalé bienvenu.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « La Disparition de Josef Mengele » d’Olivier Guez

Josef Mengele était médecin à Auschwitz. On le surnomme parfois « L’ange de la mort » ou « Le boucher d’Auschwitz ». Il participait à la sélection des arrivants pour déterminer ceux capables de travailler, ce qui condamnait les autres à la chambre à gaz. Il collectionnait les yeux bleus qu’il épinglait tels des papillons sur les murs de son bureau et pratiquait toutes sortes d’expérimentations, notamment sur les jumeaux.

À la libération, Josef Mengele est fait prisonnier par les forces américaines mais il n’est pas identifié par les américains (les SS avaient leur numéro d’immatriculation tatoué… mais par coquetterie, il s’y était toujours refusé…) et est finalement libéré. Il se cache pendant quelques temps mais finit par s’enfuir en 1949 pour gagner l’Argentine.

Josef Mengele est l’un des plus fameux criminels nazis et Olivier Guez nous raconte cet exil en Amérique du Sud.

procul recedant somnia, et noctium phantasmata
Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit.

Arrivé en Argentine, il bénéficie rapidement du soutien de ses pairs en exil et de la complaisance de Juan Perón. Ce dernier entendait profiter de la guerre froid et utiliser les compétences de tous ces fascistes arrivés de toute l’Europe pour préparer la 3e guerre mondiale qu’il pensait imminente.

Sous plusieurs fausses identités, en Argentine puis au Paraguay, et enfin au Brésil, avec le soutien financier indéfectible de sa famille (les Mengele sont issus de Günzburg en Bavière où ils possèdent une florissante entreprise de machines agricoles), on le suit de fuite en fuite jusqu’à sa mort en 1970.

De plus en plus recherché, au fur et à mesure que la lumière est faite sur les crimes nazis et sur les camps, il est traqué par le Mossad puis par les américains et les allemands de l’Ouest mais reste insaisissable. Il en devient presque une légende. Une légende noire et maléfique.

« La Disparition de Josef Mengele » est un excellent roman, une biographie romancée mais fortement documentée. Le portrait de Josef Mengele est saisissant : irascible, égocentrique, raciste, violent, cruel, il ne manifestera jamais aucun regret, ne se remettra jamais en cause. Une histoire parfois glaçante, mais une lecture prenante, voire addictive.

Enfin, une conclusion bienvenue car il est toujours bon de faire acte de mémoire.

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

Ah, et j’ai failli oublier… mais « La Disparition de Josef Mengele » d’avoir le prix Renaudot !


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !