Trucs critiqués

Ma critique de « Frappe-toi le cœur » d’Amélie Nothomb

Ma critique de « Frappe-toi le cœur » d’Amélie Nothomb

J’avais peu goûté la cuvée Nothomb 2016, je ne me suis donc pas précipité sur le traditionnel Nothomb de la rentrée… mais j’ai fini par y céder, et grand bien m’en a pris car je l’ai beaucoup aimé.

Cette année, Amélie nous raconte des histoires de femmes.

  • L’histoire de la belle Marie, séductrice et insouciante qui aime à susciter l’envie, à provoquer admiration. Hélas, enceinte à 19 ans et promptement mariée, elle se rends rapidement compte que c’est, déjà, la fin de sa jeunesse.

Je suis enceinte, j’ai dix-neuf ans et ma jeunesse est déjà finie.

  • C’est alors l’histoire de sa fille, Diane, plus belle encore. Marie est, et restera, maladivement jalouse de fille qui lui vole la vedette, après lui avoir volé sa jeunesse. Heureusement (ou pas ?) pour elle, Diane, en plus d’être belle est intelligente et précoce, elle est rapidement consciente de la situation et se réfugie, littéralement, chez ses grands-parents. Grandissant, elle continuera à parfaire sa carapace, ne s’appuyant que sur une amie d’enfance, Elizabeth Deux, puis, étudiante, se rapprochant d’Olivia, sa maître de conférence et figure maternelle de substitution.

Tout au long du roman, la trame, ce sont les histoires de Marie, de Diane, mais aussi d’Elizabeth, d’Olivia évidemment, de Célia, la petite sœur de Diane avec laquelle Marie adopte une attitude maternelle diamétralement opposée, et qu’elle sur couve et étouffe et enfin de Mariel, la fille d’Olivia que cette dernière maltraite, lui déniant attention et considération.

Bref, le roman parle de cœur(s) et le résumé du livre, c’est le vers de Musset qui lui donne son titre :

Ah! frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. C’est là qu’est la
pitié, la souffrance et l’amour ( … )

L’écriture est toujours aussi fluide, chacun de ses personnages est complexe, digne d’intérêt, et rappelle la cruelle réalité des sentiments. Une fable moderne, forte et émouvante.


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Ma critique de « Plonger » de Christophe Ono-Dit-Blot

Les histoires d’amour finissent mal (en général)

« Plonger » a reçu, en 2013, le Grand Prix du Roman de l’Académie Française ainsi que le Renaudot des lycéens. Je m’attendais donc à un « Grand » roman… mais, en le finissant, je dois dire qui même si sa lecture est globalement agréable, il n’en ai rien. C’est bien écrit mais assez convenu, voire parfois un peu cliché. De plus, l’accumulation de références rends la lecture parfois pénible.

J’ai par contre plutôt apprécié la structure du roman : une manière de multiplier les fils de la narraton pour donner, touches par touches, flashbacks après flashbacks, une vision complète au lecteur donne du rythme et du souffle au roman.

César est journaliste et critique dans un grand journal parisien. Il a beaucoup voyagé, a été de tous les conflits, de toutes les catastrophes, du Tsunami de 2004 en Asie à une prise d’otage au Liban, il en est revenu blessé et refuse désormais de quitter l’Europe, le seul endroit où il se sente désormais en sécurité. Entre refuge et musée.

Paz est une artiste, photographe plus précisèment. Elle est passionnée, voire tourmenté, curieuse mais assez pessimiste et désenchantée.

César s’adresse à leur fils Hector, il lui raconte Paz, sa mère car elle vient de disparaitre et qu’il doit aller reconnaitre son corps, qu’il aura besoin de cette histoire car il n’aura pas sa mère. Il remonte le fil de son histoire, racontant tour à tour la rencontre, les débuts, puis ce qui les précèdent pour expliquer ce qu’ils étaient, l’un et l’autre, aux débuts de leur histoire commune, jusqu’à faire le lien avec la naissance de cet enfant auquel il s’adresse et finalement, dans une dernière partie plutôt réussie, expliquant la fin. Fin du roman, fin de son histoire avec Paz, fin et disparition de Paz.

Le roman n’est pas, et ne se veut pas, objectif : César raconte sa colère contre Paz qui est partie et contre le destin qui la lui a retiré, mais qui a surtout privé son enfant de sa mère. L’histoire illustre bien la difficulté à se comprendre, à dialoguer, à s’accepter. L’histoire est bien ancrée dans le quotidien, mais l’auteur est assez pessimiste sur le monde qui l’entoure, voire corrosif sur le milieu artistique… mais j’aime à penser que s’il s’adresse ainsi à son fils, essayant de lui expliquer les pires travers de notre société, c’est bien qu’au fonds de lui, il espère à s’attend à ce que lorsque son fils le lira, tout ira forcément mieux, et qu’il aura besoin de ses références pour comprendre l’époque où se passe l’histoire de ses parents.

Envoyer des SMS : c’était devenu le geste universel. Le signe de reconnaissance de l’être humain. Les soixante-huitards qui nous avaient endettés avaient gagné : les gens n’avaient plus rien à se dire mais ils communiquaient. Sur Facebook on trouve des grandes discussions « j’aime les frites » et « j’aime pas les juifs » et c’était presque égal.

J’ai eu un peu de mal à comprendre Paz, mais ce n’est sans doute que la conséquence logique du fait que César ne le comprenait pas mieux ? Il raconte sa propre incompréhension.

Notre histoire était fracassée. Tu ne peux pas dire à quelqu’un que tu l’aimes, mais que tu pars. Ça ne tient pas. C’est ridicule. Quand on part, c’est qu’on ne s’aime plus. Point.

La dernière partie, César forcé de quitter l’Europe pour aller à la rencontre de Paz dans un émirat lointain, forcé de se faire violence et quitter l’Europe, est finalement la plus intéressante du livre, et a sauvé ma lecture, rendant bien plus crédible le besoin de César d’écrire ce livre pour Hector.


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Ma critique de « Ada » d’Antoine Bello

Ma lecture précédente était un autre roman d’Antoine Bello (dont j’avais déjà lu L’homme qui s’envola au mois de mai dernier). Hasard, il se situe lui-aussi en Californie (comme Little Brother je veux dire).

Franck Logan est flic. Il doit enquêter sur la disparition d’Ada mais c’est une disparition un peu particulière car Ada n’existe pas, ou plutôt disons qu’elle n’existe pas « physiquement ». Ada est une intelligence artificielle créée par la startup « Turing Corp » pionnière sur le sujet.

Je ne vous en dirais pas plus ici sur l’intrigue, sachez juste que c’est un bon polar.

C’est un bon polar, mais c’est aussi, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt, un roman d’anticipation : suivre la logique d’Ada est vraiment amusant, et le roman est vraiment intelligent mais il devient presque dérangeant tant il questionne, légitimement et avec justesse, les avancées technologiques mal maitrisés et fait écho à certaines prises de paroles récentes quant aux dangers pour l’Humanité de certaines innovations, dont les recherches en Intelligence Artificielle.

Chaque innovation rendue possible par la technologie était désormais mise en œuvre sur-le-champ, sans qu’on prenne le temps d’en évaluer les implications éthiques, sociales ou économiques. On inséminait des sexagénaires, on clonait à tout-va, on changeait de sexe pour un oui ou pour un non. Le concept de vie privée perdait chaque jour un peu de sa substance : la NSA écoutait nos conversations au nom de la sécurité nationale, Google n’ignorait rien de nos petites laideurs et les maris jaloux lisaient la correspondance de leurs épouses. On greffait des cœurs, on remplaçait les articulations défectueuses par des prothèses en titane, on vaccinait es populations entières contre des maladies rarissimes. Les médias saluaient avec une unanime béatitude l’allongement de l’espérance de vie, prédisant pour bientôt l’avènement de l’immortalité. Tout cela allait trop vite pour Frank : Américains, Russes, Chinois, personne n’avait de plan, l’humanité fonçait à sa perte tel un pilote déchainé aux commandes d’un bolide dont chaque nouvelle technologie débridait un peu plus le moteur.


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Ma critique de « Little Brother » de Cory Doctorow

Ma critique de « Little Brother » de Cory Doctorow

Bon allez, c’est fini les vacances, on arrête de rigoler, j’ai PLEIN de critiques en retard moi !

Commençons par « Little Brother » que j’ai terminé hier soir et que je conseille fortement à tout bon geek qui se respecte, mais aussi à toute personne qui s’interroge sur la défense de nos libertés et les dérives sécuritaires de nos sociétés actuelles.

« Little Brother » a été publié en 2008 mais, lu en 2017, il est plus que troublant. Cory Doctorow l’a écrit comme une dystopie se passant dans un futur proche. Il décrit comment une société déjà prompte à utiliser les nouvelles technologies pour surveiller ses citoyens, bascule rapidement et sans résistance dans un tout-sécuritaire pour « rassurer » sa population, à défaut de la protéger.

Le narrateur du livre s’appelle Marcus Yallow, c’est un lycéen de 17 ans qui habite à Sans Francisco. Il est un peu geek sur les bords, a pratiqué les jeux de rôles grandeur nature mais se passionne maintenant pour les jeux ARG (Alternate Reality Game), des jeux en « réalité alternée » qui se passent autant en ligne que dans le monde physique, notamment un jeu nommé « Harakuju Fun Madness ». Il n’apprécie guère les systèmes de surveillance mis en place par son lycée mais sait intelligemment utiliser ses connaissances technologiques pour les déjouer (il mets, par exemple, du gravier dans ses chaussures pour déjouer les analyseurs de démarche).

Au début du roman, Marcus et trois de ses amis bleutent le lycée pour résoudre la dernière énigme de Harakuju FM. Leur vie va basculer car, à ce moment-là, San Francisco est victime d’une attaque terroriste de grande ampleur et, se trouvant au moment endroit au mauvais moment, ils vont être embarqués, suspectés et emprisonnés.

La suite du roman décrit la confiscation grandissante des libertés par la « Sécurité intérieure » sous couvert de lutte anti-terrorisme. Marcus et quelques autres s’en émeuvent mais ils sont rares. La plupart des citoyens acceptent sans broncher dispositifs de traçage et surveillance généralisée.

Cette foutue ville est à nous ! Ce foutu pays est à nous ! Et ce n’est pas un terroriste qui pourra nous les prendre, aussi longtemps que nous resterons libres. Quand nous ne le serons plus, les terroristes auront gagné. Résistez ! Résistez ! Vous êtes assez jeunes et assez cons pour ignorer que c’est perdu d’avance. Vous êtes les seuls capables de nous conduire à la victoire ! Résistez !

Pour être honnête, le livre est intéressant, mais il lui manque un petit quelque chose (peut-être un style un peu plus soutenu ?) pour être un livre vraiment bon. Il est néanmoins parfaitement captivant à défaut d’être passionnant, troublant à défaut d’être rassurant.

Ce qui m’a le plus troublé, ce sont les similitudes que je n’ai pu m’empêcher de remarquer entre le roman et la réponse sécuritaire qui a été la nôtre après les attentats en France et en Europe ces dernières années. Il pose définitivement les bonnes questions : La liberté individuelle peut-elle être réduite au nom de la sécurité ? Jusqu’où peut aller un gouvernement pour « protéger » sa population ?

Il existe un nom pour ce genre de dysfonctionnement – on appelle ça « une maladie auto-immune », quand les défenses de l’organisme s’emballent et s’attaquent à ses propres cellules, qu’elles ne reconnaissane plus. Tôt ou tard, l’organisme finit par s’autodétruire.

Je soutenais déjà la Quadrature du net qui se bats sur le front de la défense de nos libertés, mais j’ai envie de les soutenir ENCORE plus…

Bref, je vous encourage fortement à soutenir aussi la Quadrature et, s’il faut vous en convaincre, lisez donc « Little Brother »… d’autant qu’il est disponible en ligne gratuitement, vous n’avez pas d’excuses.


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Ma critique de « La passe-miroir, tome 2 : Les disparus de Clairdelune » de Christelle Dabos

Nous retrouvons Ophélie là où nous l’avons laissé à la fin du tome 1 : au cœur de la Citacielle. Le 1er  tome se terminait au Clairdelune, ce 2e tome prends de la hauteur car Ophélie rejoint la tour, et la cour, de Farouk où, encore plus qu’ailleurs dans la Citacielle, tout n’est qu’intrigues de Palais et illusions tapageuses et trompeuses.

Farouk, l’esprit de famille du Pôle, a mauvaise mémoire mais il est fasciné par son Livre et attiré par Ophélie. Tant et si bien qu’elle se retrouve rapidement bombardée vice-conteuse. Pas mal, non, pour une petite animiste à la maladresse pathologique ?!

Au Clairdelune, rien ne va plus : alors que le domaine d’Archibald l’ambassadeur est censé être une abri diplomatique et ‘’endroit le plus sécurisé de la Citacielle, certains invités de l’ambassadeur disparaissent dans d’étranges circonstances (étranges même au regard des critères de la Citacielle)…

Le monde de la passe-miroir est toujours aussi riche, l’intrigue s’étoffe et l’histoire gagne en profondeur. Bref, le premier tome était un coup de cœur, ce deuxième tome confirme mon impression première. Passionnant, drôle, étonnant… une saga impressionnante !


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Ma critique de « La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver » de Christelle Dabos

Ma critique de « La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver » de Christelle Dabos

Faut que je vous dise, je suis en train de lire une série complétement folle, « La passe-miroir », pour laquelle j’ai un VRAI coup de cœur.

« La passe-miroir » est un roman jeunesse dont il se dit qu’il est à la hauteur d’Harry Potter, ce qui m’a convaincu de le lire. Le premier tome dévoré, je me suis jeté sur le second, que j’ai déjà bien entamé, sans pouvoir même prendre le temps de rédiger cette critique… alors, oui, je pense que, pour le moment en tout cas, la comparaison tiens avec l’œuvre de JK Rowling !

Il s’agit d’un livre de Fantasy, quelque part entre Alice et au pays des merveilles, Harry Potter voire Game of Throne. L’action est compliquée à dater mais ça se passe bien sur Terre… sauf que la Terre n’est plus entière. Suite à un mystérieux cataclysme, la « Déchirure », il ne subsiste plus que des « arches », c’est à dire des îles, flottants dans les nuages et séparées les unes des autres. À chaque arche sa culture, mais surtout à chaque arche son « esprit de famille », un immortel dont les habitants de l’arche sont les descendants directs et auxquelles il a transmis ses pouvoirs. Ce monde post-déchirure est un délice qu’on pourrait facilement qualifier de « Steampunk », les sociétés décrites, les moyens de transports, les coutumes vestimentaires, tout fait irrésistiblement penser à l’époque victorienne.

Ses lointains ancêtres avaient assisté à la dislocation de leur univers. S’étaient-ils laissés mourir pour autant ? Non, ils s’étaient inventé une autre vie.

L’héroïne de notre histoire se prénomme Ophélie et vit sur Anima, l’arche d’Artémis. La famille d’Ophélie se consacre à la préservation du patrimoine et Ophélie elle-même tient un musée. Ophélie est une « liseuse » : elle a la capacité, en touchant les objets, de connaître leurs passé et même l’état d’esprit des dernières personnes les ayant manipulés. Le pouvoir des descendants d’Artémis, l’animisme, c’est cela : la capacité à dialoguer avec les objets. Sur Anima, les objets ont une âme et même un caractère (un sale caractère pour certain). Ah et Ophélie est aussi la « Passe-miroir » : elle sait passer d’un miroir à un autre, pour peu qu’elle se soit déjà reflétée dans le miroir de destination, qu’il se souvienne d’elle donc. Ophélie est une petite souris, attachante, naïve et maladroite. Pourvue de grandes lunettes (qu’elle casse régulièrement mais se réparent toutes seules) et d’une vieille écharpe (assez mal éduquée), elle n’a pas grand chose à faire de son apparence et, globalement, elle est plus intéressée par les objets que par les gens.

Les verres cassés commençaient déjà à cicatriser, mais il leur faudrait plusieurs heures avant guérison complète. Ophélie les posé sur son nez. Un objet se réparait plus vite s’il se sentait utile, c’était une question de psychologie.

Jusqu’à ce que les doyennes d’Anima, auxquelles Artémis a délégué son pouvoir, accède à une requête d’une arche du Nord, le « Pôle », un mariage diplomatique avec Thorn.

Accompagnée de sa tante pour lui servir de chaperon, elle va devoir quitter Anima et découvrir une arche très différente, où tout n’est qu’illusions, où le danger est permanent et le guerres des clans de la cour sans merci.

Christelle Dabos fait preuve d’une imagination débordante et d’un talent étonnant pour décrire un monde aux dimensions proprement colossales. Elle excelle dans les descriptions de ces sociétés complexes, qu’elle a l’intelligence de délayer pour donner à l’histoire un souffle étonnant, créant un livre qu’on dévore littéralement.

Bref, vous l’aurez compris, je suis conquis !
Maintenant, je vous laisse, il faut absolument que je reprenne ma lecture du tome 2.


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Ma critique de « Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch

Ma critique de « Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch

Quand on a grandit avec Cédric Klapisch, que Cédric Klapisch sort un nouveau film, que ce film se passe en Bourgogne et parle de vin, qu’il se déplace à France Inter pour en parler, qu’il n’en parle pas à Éva Bettan mais à François-Régis Gaudry, le dimanche matin, dans l’émission de radio gastronomique « On va déguster », que son passage et que les extraits entendus vous enthousiasment… hé bien, vous ne pouvez évidemment rien faire d’autre que d’aller le voir, ce nouveau Klapisch.

Bref, j’ai été voir « Ce qui nous lie  »… et j’ai beaucoup aimé 🙂

Le film se passe donc en Bourgogne, durant toute une année. Pas moyen de faire moins, évidemment, c’est le temps de la vigne. On y suit une fratrie, 2 frères et une sœur :

  • L’ainé revient après 10 ans d’absence, dont 5 ans de silence. L’ainé revient de l’autre côté du Monde car son père est à l’hôpital, en train de mourir.
  • La cadette est restée, fidèle à son père et au domaine viticole familial. Se faisant une place, tout en finesse, dans un monde encore assez masculin.
  • Le benjamin est marié et jeune papa. Il a une belle famille, également propriétaire. Il cherche un équilibre, il cherche sa place, comme souvent les benjamins.

Tout en finesse, avec beaucoup de psychologie et juste ce qu’il faut d’humour, Cédric Klapisch mêle, tout au long de cette année, le récit de la vigne aux histoires d’amours des uns et des autres : l’amour, parfois maladroit, d’un père à ses enfants, l’amour qui lie une famille à sa terre, l’amour que tous portent à la vigne et au vin…

« Ce qui nous lie » parle de transmission, le domaine y est l’un des personnages principaux. On comprends que chacun a besoin de trouver son équilibre. On se rends compte qu’il est parfois difficile de grandir, de s’émanciper, d’accepter ses racines pour mieux les transmettre.

Presque 2h plus tard, plus d’un an a passé et on en est tout étonné. On a passé un excellent moment, mais on sent confusément que le sujet n’a été qu’effleuré et que nous pourrons encore en profiter pendant un bon moment. Bref, un bon cru, qui se déguste comme il se doit, mais qui a de la longueur en bouche. Comme un premier cru de Bourgogne.


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Ma critique de « Quand sort la recluse » de Fred Vargas

Nous retrouvons, avec un bonheur toujours intact, le commissaire Adamsberg dans les brumes islandaises. Il doit bien vite quitter l’Islande, rappelé à Paris pour une affaire de meurtre… qu’il résoudra brillamment, en 2 temps 3 mouvements. Il doit quitter l’Islande, mais va rester dans les brumes car, oui, Adamsberg, peut-être encore plus que pour ses précédentes enquêtes, fait preuve d’encore moins d’orthodoxie, et la vie de sa Brigade est de plus en plus compliquée…

Adamsberg trouva la vie de la Brigade très compliquée. Est-ce qu’il avait trop laissé filer les brides ? Laissé traîner les revues d’ichtyologie sur le bureau de Voisenet, laissé le chat organiser son territoire, laissé un lit pour Mercadet, laissé Froissy emplir une armoire de réserves alimentaires, disponibles en cas de guerre, laissé Mordent à sa passion des contes de fées, laissé Danglard à une érudition envahissante, laissé Noël couver son sexisme et son homophobie ? Laissé son propre esprit ouvert à tous les vents ?

Adamsberg est happé par un fait divers : on constate, du côté de Nîmes, des décès à la suite de morsures d’araignées, de recluses plus précisèrent. Certes, les victimes sont des hommes âgés… mais tout de même, les morsures de recluses ne sont pas létales. Il n’en fallait pas plus pour que, sur internet, réseaux sociaux et forums s’enflamment et que, démangés par cette affaire, le commissaire ne décide de s’en emparer. Au mépris des procédures, et au risque de fracturer la Brigade.

C’est du Vargas : un polar étonnant mais un très bon polar, une Brigade étonnante mais de plus en plus attachante, une enquête étonnante, voire improbable, mais une enquête passionnante.

Vargas ne nous raconte pas une histoire, elle décrit tout un univers. Son écriture est toujours aussi précise : elle joue avec les mots et les dissèque avec érudition et précision. Elle s’amuse de la polysémie du mot « recluse ». De Paris à Nîmes, en passant par Lourdes, on ne lit pas « Quand sort la recluse », on se laisse porter. Le tout est de ne pas douter, et la magie opère.


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Ma critique de « Uprooted » de Naomi Novik

Uprooted se trouve à la croisée des genres, entre fantasy médiévale et conte de fée (l’auteur s’est inspirée des contes polonais de son enfance).

Agnieszka vit dans une vallée, dans le royaume de Polnya. C’est une simple fille de village, heureuse quand elle peut courir (et se salir), grimper aux arbres, chercher baies et fruits… bref, profiter de la nature. Mais la vallée d’Agnieszka vit à l’ombre du « Bois », une entité maléfique et corrompue, dont il faut se tenir éloignée, dont il faut se protéger et qu’il faut surveiller pour éviter que la corruption ne s’étende. Éviter que la corruption, et que le Bois, ne s’étende, c’est la tâche du « Dragon », un Sorcier vivant dans une tour ancienne. Il veille sur la vallée en échangé d’un tribu annuel et, tout les 10 ans, de la livraison d’une jeune fille.

Voilà le paysage planté, je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler.

Le roman est vraiment passionnant et bien construit, les descriptions riches et vivantes et les intrigues, politiques et magiques, se mêlent et se confondent dans une histoire au rythme soutenu.

La manière dont la magie est évoquée est un pur enchantement : source de puissance utilisée par les sorciers et sorcières, c’est à la fois une composante de la Nature qu’il faut canaliser et une force physique qu’il faut domestiquer. Une double approche qui, en fonction du caractère des sorciers et sorcières, rends passionnante sa découverte, et sa compréhension par le lecteur.

Ce que questionne le roman, c’est la notion de racines, de graines : Pourquoi Agnieszka et les habitants de la vallée restent ils dans un lieu si dangereux ? Quelle relation complexe entre le Bois, la vallée et ses habitants ? Mais c’est aussi la graine plantée en nous par nos décisions, nos choix, comme la graine de Bois, l’origine du mal. Naomi Novik arrive brillamment à mêler ces sujets complexes, à décrire avec une grande cohérence un univers vaste et à rendre crédibles ses nombreux personnages, dont le Bois, faisant preuve de beaucoup de psychologie.


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Ma critique de « L’homme qui s’envola » de Antoine Bello

J’avais dévoré « les falsificateurs », « les éclaireurs » et « les producteurs », je les ai ensuite beaucoup conseillé, et on m’en a souvent remercié… C’est donc avec un réel enthousiasme que je me suis proposé quand Babelio a proposé à ses membres de lire son dernier roman puis de le rencontrer, et ce fut un vrai plaisir quand j’ai appris que j’avais été sélectionné.

Bref, je viens de finir « L’homme qui s’envola », et lundi prochain j’aurais la chance de rencontrer Antoine Bello chez Gallimard !

L’homme qui s’envola, c’est John Walker (mais tout le monde l’appelle juste « Walker »). Walker est un privilégié : riche entrepreneur à qui tout réussi, mari et père comblé, il est envié et admiré. Bref, il a tout pour être heureux, il ne peut que être heureux… en tout cas, vu de l’extérieur car lui, Walker, déteste sa vie. Réussite professionnelle, félicité familiale, position sociale ne sont pas, pour Walker, des satisfactions mais des obligations. Qui plus est, ce sont des obligations qui prennent encore et toujours plus de place dans sa vie, et plus de temps dans son agenda. Or, pour Walker, le temps est un combat de tous les instants, presque une obsession. Il cherche en permanence à en gagner. Il est prêt à dépenser beaucoup pour grappiller quelques secondes, pour éviter toute attente superflue. Il est le pilier sur lequel s’appuie sa famille, le mari dévoué, le père impliqué, l’homme d’affaires qui depuis 15 ans a su développer l’entreprise familiale jusqu’à en faire le premier employeur de son État mais, lui, Walker, a l’impression de se sacrifier, de sacrifier son temps, et donc sa vie.

Walker ne comprenait pas cette logique : si chaque génération s’effaçait au profit de la suivante, quand s’épanouissait-on ?

Walker détestait sa vie.
Son temps lui échappait. Entre Sarah, les enfants, la boîte, il n’avait pas une minute à lui.
Il n’en avait pas toujours été ainsi. Il avait connu durant ses premières années chez Wills l’ivresse du bâtisseur. Il contentait des clients, faisait vivre des fournisseurs, embauchait des jeunes ; bref, il créait la richesse que les banquiers de Wall Street ne savent que brasser. Il avait l’impression d’employer au mieux ses talents. Sous la houlette bienveillante de Raymond, il développait ses compétences, apprenait de ses erreurs, entraînait dans son sillage des lieutenants avides de ses oracles. Quand lui venait une idée, il la mettait aussitôt en pratique et n’attendait jamais longtemps pour en mesurer les résultats.

Pour se donner du courage, pour s’imaginer une échappatoire, il joue avec l’idée de changer de vie. Se libérer de sa vie. Pas divorcer, non, ce serait remplacer ses contraintes par de nouvelles, ça ne résoudrait rien. Et puis, il aime sa femme et ses enfants, il ne veux pas leur faire de mal. Alors, paradoxalement, il préfère jouer avec l’idée de disparaitre… C’est la dernière liberté qui lui reste. La seule solution. Simuler sa mort pour mieux reprendre le contrôle de sa vie.

La première partie du roman décrit avec précision le cheminement qui amène Walker à imaginer puis organiser sa disparition. Cette partie est troublante car, tout extrême que puisse être cette solution, Antoine Bello fait preuve d’une psychologie étonnante pour que le lecteur se prenne à s’identifier à Walker, à le comprendre, presque à valider son raisonnement. Cette faculté est rare. Il y a 15 ans, j’ai ressenti quelque chose d’assez proche sous la plume de Martin Page avec le héros de son roman « Comment je suis devenu stupide » (ce héros j’avais vraiment l’impression que c’était moi !), aujourd’hui, alors que je suis désormais marié, parisien, père de 3 enfants, je me suis senti assez proche de Walker. Enfin, soyons juste et soyons précis, je me suis senti proche de lui, sans que, moi, je ne ressente l’envie de disparaitre. Mais j’ai compris et trouvé particulièrement crédible son raisonnement.

Walker aurait detesté ses obsèques.
La preuve, il n’est même pas venu.

La seconde partie du roman est plus complexe, elle entremèle 3 voix, 3 points de vues : Walker, sa femme Sarah et Sheperd.

Sheperd est un « skip tracer », un sorte de détective privé, embauché par la compagnie d’assurances de Wills (la société de Walker) pour enquêter sur la disparition de Walker, et valider, ou non, le versement de la prime d’assurance « Homme-clé » souscrite sur sa vie. Sheperd est le meilleur dans son domaine, il flaire rapidement le subterfuge et démarre alors une traque impitoyable.

Walker, quant à lui, prends la mesure de son acte, de son caractère irrémédiable. Il doit apprendre à vivre avec, à vivre l’après, en plus d’apprendre à vivre autrement pour ne laisser aucune prise à Sheperd, à éviter ses pièges, comprendre ses méthodes pour mieux les contrecarrer, trouver sans cesse de nouvelles parades et de nouveaux stratagèmes pour se protéger.

Sarah, enfin, d’abord veuve éplorée, écrasée de chagrin mais qui se doit de rester forte, pour ses enfants, pour la mémoire de Walker et pour sa société. Aiguillée par Sheperd, elle découvre bientôt, incrédule, l’incroyable réalité. Elle est perdue et en colère puis, rapidement, la colère laisse place au besoin de comprendre, de chercher une explication.

Walker et Sheperd sont des adversaires aussi coriaces l’un que l’autre. Le jeu de piste devient jeu de rôle car Sheperd se rends rapidement compte que pour retrouver Walker, il faut penser comme Walker, alors même que Walker s’évertue à prévoir les actions de Sheperd, mieux les anticiper pour mieux les déjouer. Jeu de piste, jeu de rôle… presque jeu d’échec, chacun s’efforçant d’avoir plusieurs coups d’avances.

Les points de vue de Walker comme de Sarah nous questionnent sur le bonheur, la félicité conjugale, la paternité heureuse… concepts qu’on découvre éminemment subjectifs.

Le roman est passionnant, du genre qui se lit de plus en plus vite au fur et à mesure qu’on avance dans le livre et dans l’histoire. Un suspens qui tient plus au déroulement de l’intrigue qu’à sa résolution. La traque est prenante, la psychologie des protagonistes particulièrement étudiée et convaincante. Bref, une histoire toute en finesse, des personnages d’une grande complexité, quelques scènes très touchantes, beaucoup d’émotion, mais aussi quelques touches d’humour bienvenues. Une vraie réussite. Encore une.