Trucs critiqués

Ma critique de « Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch

Ma critique de « Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch

Quand on a grandit avec Cédric Klapisch, que Cédric Klapisch sort un nouveau film, que ce film se passe en Bourgogne et parle de vin, qu’il se déplace à France Inter pour en parler, qu’il n’en parle pas à Éva Bettan mais à François-Régis Gaudry, le dimanche matin, dans l’émission de radio gastronomique « On va déguster », que son passage et que les extraits entendus vous enthousiasment… hé bien, vous ne pouvez évidemment rien faire d’autre que d’aller le voir, ce nouveau Klapisch.

Bref, j’ai été voir « Ce qui nous lie  »… et j’ai beaucoup aimé 🙂

Le film se passe donc en Bourgogne, durant toute une année. Pas moyen de faire moins, évidemment, c’est le temps de la vigne. On y suit une fratrie, 2 frères et une sœur :

  • L’ainé revient après 10 ans d’absence, dont 5 ans de silence. L’ainé revient de l’autre côté du Monde car son père est à l’hôpital, en train de mourir.
  • La cadette est restée, fidèle à son père et au domaine viticole familial. Se faisant une place, tout en finesse, dans un monde encore assez masculin.
  • Le benjamin est marié et jeune papa. Il a une belle famille, également propriétaire. Il cherche un équilibre, il cherche sa place, comme souvent les benjamins.

Tout en finesse, avec beaucoup de psychologie et juste ce qu’il faut d’humour, Cédric Klapisch mêle, tout au long de cette année, le récit de la vigne aux histoires d’amours des uns et des autres : l’amour, parfois maladroit, d’un père à ses enfants, l’amour qui lie une famille à sa terre, l’amour que tous portent à la vigne et au vin…

« Ce qui nous lie » parle de transmission, le domaine y est l’un des personnages principaux. On comprends que chacun a besoin de trouver son équilibre. On se rends compte qu’il est parfois difficile de grandir, de s’émanciper, d’accepter ses racines pour mieux les transmettre.

Presque 2h plus tard, plus d’un an a passé et on en est tout étonné. On a passé un excellent moment, mais on sent confusément que le sujet n’a été qu’effleuré et que nous pourrons encore en profiter pendant un bon moment. Bref, un bon cru, qui se déguste comme il se doit, mais qui a de la longueur en bouche. Comme un premier cru de Bourgogne.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Quand sort la recluse » de Fred Vargas

Nous retrouvons, avec un bonheur toujours intact, le commissaire Adamsberg dans les brumes islandaises. Il doit bien vite quitter l’Islande, rappelé à Paris pour une affaire de meurtre… qu’il résoudra brillamment, en 2 temps 3 mouvements. Il doit quitter l’Islande, mais va rester dans les brumes car, oui, Adamsberg, peut-être encore plus que pour ses précédentes enquêtes, fait preuve d’encore moins d’orthodoxie, et la vie de sa Brigade est de plus en plus compliquée…

Adamsberg trouva la vie de la Brigade très compliquée. Est-ce qu’il avait trop laissé filer les brides ? Laissé traîner les revues d’ichtyologie sur le bureau de Voisenet, laissé le chat organiser son territoire, laissé un lit pour Mercadet, laissé Froissy emplir une armoire de réserves alimentaires, disponibles en cas de guerre, laissé Mordent à sa passion des contes de fées, laissé Danglard à une érudition envahissante, laissé Noël couver son sexisme et son homophobie ? Laissé son propre esprit ouvert à tous les vents ?

Adamsberg est happé par un fait divers : on constate, du côté de Nîmes, des décès à la suite de morsures d’araignées, de recluses plus précisèrent. Certes, les victimes sont des hommes âgés… mais tout de même, les morsures de recluses ne sont pas létales. Il n’en fallait pas plus pour que, sur internet, réseaux sociaux et forums s’enflamment et que, démangés par cette affaire, le commissaire ne décide de s’en emparer. Au mépris des procédures, et au risque de fracturer la Brigade.

C’est du Vargas : un polar étonnant mais un très bon polar, une Brigade étonnante mais de plus en plus attachante, une enquête étonnante, voire improbable, mais une enquête passionnante.

Vargas ne nous raconte pas une histoire, elle décrit tout un univers. Son écriture est toujours aussi précise : elle joue avec les mots et les dissèque avec érudition et précision. Elle s’amuse de la polysémie du mot « recluse ». De Paris à Nîmes, en passant par Lourdes, on ne lit pas « Quand sort la recluse », on se laisse porter. Le tout est de ne pas douter, et la magie opère.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Uprooted » de Naomi Novik

Uprooted se trouve à la croisée des genres, entre fantasy médiévale et conte de fée (l’auteur s’est inspirée des contes polonais de son enfance).

Agnieszka vit dans une vallée, dans le royaume de Polnya. C’est une simple fille de village, heureuse quand elle peut courir (et se salir), grimper aux arbres, chercher baies et fruits… bref, profiter de la nature. Mais la vallée d’Agnieszka vit à l’ombre du « Bois », une entité maléfique et corrompue, dont il faut se tenir éloignée, dont il faut se protéger et qu’il faut surveiller pour éviter que la corruption ne s’étende. Éviter que la corruption, et que le Bois, ne s’étende, c’est la tâche du « Dragon », un Sorcier vivant dans une tour ancienne. Il veille sur la vallée en échangé d’un tribu annuel et, tout les 10 ans, de la livraison d’une jeune fille.

Voilà le paysage planté, je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler.

Le roman est vraiment passionnant et bien construit, les descriptions riches et vivantes et les intrigues, politiques et magiques, se mêlent et se confondent dans une histoire au rythme soutenu.

La manière dont la magie est évoquée est un pur enchantement : source de puissance utilisée par les sorciers et sorcières, c’est à la fois une composante de la Nature qu’il faut canaliser et une force physique qu’il faut domestiquer. Une double approche qui, en fonction du caractère des sorciers et sorcières, rends passionnante sa découverte, et sa compréhension par le lecteur.

Ce que questionne le roman, c’est la notion de racines, de graines : Pourquoi Agnieszka et les habitants de la vallée restent ils dans un lieu si dangereux ? Quelle relation complexe entre le Bois, la vallée et ses habitants ? Mais c’est aussi la graine plantée en nous par nos décisions, nos choix, comme la graine de Bois, l’origine du mal. Naomi Novik arrive brillamment à mêler ces sujets complexes, à décrire avec une grande cohérence un univers vaste et à rendre crédibles ses nombreux personnages, dont le Bois, faisant preuve de beaucoup de psychologie.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « L’homme qui s’envola » de Antoine Bello

J’avais dévoré « les falsificateurs », « les éclaireurs » et « les producteurs », je les ai ensuite beaucoup conseillé, et on m’en a souvent remercié… C’est donc avec un réel enthousiasme que je me suis proposé quand Babelio a proposé à ses membres de lire son dernier roman puis de le rencontrer, et ce fut un vrai plaisir quand j’ai appris que j’avais été sélectionné.

Bref, je viens de finir « L’homme qui s’envola », et lundi prochain j’aurais la chance de rencontrer Antoine Bello chez Gallimard !

L’homme qui s’envola, c’est John Walker (mais tout le monde l’appelle juste « Walker »). Walker est un privilégié : riche entrepreneur à qui tout réussi, mari et père comblé, il est envié et admiré. Bref, il a tout pour être heureux, il ne peut que être heureux… en tout cas, vu de l’extérieur car lui, Walker, déteste sa vie. Réussite professionnelle, félicité familiale, position sociale ne sont pas, pour Walker, des satisfactions mais des obligations. Qui plus est, ce sont des obligations qui prennent encore et toujours plus de place dans sa vie, et plus de temps dans son agenda. Or, pour Walker, le temps est un combat de tous les instants, presque une obsession. Il cherche en permanence à en gagner. Il est prêt à dépenser beaucoup pour grappiller quelques secondes, pour éviter toute attente superflue. Il est le pilier sur lequel s’appuie sa famille, le mari dévoué, le père impliqué, l’homme d’affaires qui depuis 15 ans a su développer l’entreprise familiale jusqu’à en faire le premier employeur de son État mais, lui, Walker, a l’impression de se sacrifier, de sacrifier son temps, et donc sa vie.

Walker ne comprenait pas cette logique : si chaque génération s’effaçait au profit de la suivante, quand s’épanouissait-on ?

Walker détestait sa vie.
Son temps lui échappait. Entre Sarah, les enfants, la boîte, il n’avait pas une minute à lui.
Il n’en avait pas toujours été ainsi. Il avait connu durant ses premières années chez Wills l’ivresse du bâtisseur. Il contentait des clients, faisait vivre des fournisseurs, embauchait des jeunes ; bref, il créait la richesse que les banquiers de Wall Street ne savent que brasser. Il avait l’impression d’employer au mieux ses talents. Sous la houlette bienveillante de Raymond, il développait ses compétences, apprenait de ses erreurs, entraînait dans son sillage des lieutenants avides de ses oracles. Quand lui venait une idée, il la mettait aussitôt en pratique et n’attendait jamais longtemps pour en mesurer les résultats.

Pour se donner du courage, pour s’imaginer une échappatoire, il joue avec l’idée de changer de vie. Se libérer de sa vie. Pas divorcer, non, ce serait remplacer ses contraintes par de nouvelles, ça ne résoudrait rien. Et puis, il aime sa femme et ses enfants, il ne veux pas leur faire de mal. Alors, paradoxalement, il préfère jouer avec l’idée de disparaitre… C’est la dernière liberté qui lui reste. La seule solution. Simuler sa mort pour mieux reprendre le contrôle de sa vie.

La première partie du roman décrit avec précision le cheminement qui amène Walker à imaginer puis organiser sa disparition. Cette partie est troublante car, tout extrême que puisse être cette solution, Antoine Bello fait preuve d’une psychologie étonnante pour que le lecteur se prenne à s’identifier à Walker, à le comprendre, presque à valider son raisonnement. Cette faculté est rare. Il y a 15 ans, j’ai ressenti quelque chose d’assez proche sous la plume de Martin Page avec le héros de son roman « Comment je suis devenu stupide » (ce héros j’avais vraiment l’impression que c’était moi !), aujourd’hui, alors que je suis désormais marié, parisien, père de 3 enfants, je me suis senti assez proche de Walker. Enfin, soyons juste et soyons précis, je me suis senti proche de lui, sans que, moi, je ne ressente l’envie de disparaitre. Mais j’ai compris et trouvé particulièrement crédible son raisonnement.

Walker aurait detesté ses obsèques.
La preuve, il n’est même pas venu.

La seconde partie du roman est plus complexe, elle entremèle 3 voix, 3 points de vues : Walker, sa femme Sarah et Sheperd.

Sheperd est un « skip tracer », un sorte de détective privé, embauché par la compagnie d’assurances de Wills (la société de Walker) pour enquêter sur la disparition de Walker, et valider, ou non, le versement de la prime d’assurance « Homme-clé » souscrite sur sa vie. Sheperd est le meilleur dans son domaine, il flaire rapidement le subterfuge et démarre alors une traque impitoyable.

Walker, quant à lui, prends la mesure de son acte, de son caractère irrémédiable. Il doit apprendre à vivre avec, à vivre l’après, en plus d’apprendre à vivre autrement pour ne laisser aucune prise à Sheperd, à éviter ses pièges, comprendre ses méthodes pour mieux les contrecarrer, trouver sans cesse de nouvelles parades et de nouveaux stratagèmes pour se protéger.

Sarah, enfin, d’abord veuve éplorée, écrasée de chagrin mais qui se doit de rester forte, pour ses enfants, pour la mémoire de Walker et pour sa société. Aiguillée par Sheperd, elle découvre bientôt, incrédule, l’incroyable réalité. Elle est perdue et en colère puis, rapidement, la colère laisse place au besoin de comprendre, de chercher une explication.

Walker et Sheperd sont des adversaires aussi coriaces l’un que l’autre. Le jeu de piste devient jeu de rôle car Sheperd se rends rapidement compte que pour retrouver Walker, il faut penser comme Walker, alors même que Walker s’évertue à prévoir les actions de Sheperd, mieux les anticiper pour mieux les déjouer. Jeu de piste, jeu de rôle… presque jeu d’échec, chacun s’efforçant d’avoir plusieurs coups d’avances.

Les points de vue de Walker comme de Sarah nous questionnent sur le bonheur, la félicité conjugale, la paternité heureuse… concepts qu’on découvre éminemment subjectifs.

Le roman est passionnant, du genre qui se lit de plus en plus vite au fur et à mesure qu’on avance dans le livre et dans l’histoire. Un suspens qui tient plus au déroulement de l’intrigue qu’à sa résolution. La traque est prenante, la psychologie des protagonistes particulièrement étudiée et convaincante. Bref, une histoire toute en finesse, des personnages d’une grande complexité, quelques scènes très touchantes, beaucoup d’émotion, mais aussi quelques touches d’humour bienvenues. Une vraie réussite. Encore une.

Ma critique de « Agatha Raisin enquête : la quiche fatale » de MC Beaton

Agatha Raisin est dynamique mais, à 52 ans, elle décide de revendre sa boite de comm’ londonienne pour réaliser un rêve d’enfance et prendre une retraite anticipée à Carsely, un petit village des Cotswold, une verdoyante campagne du coté d’Oxford.

Mais Agatha est plutôt solitaire, et puis elle a le caractère bien trempé, elle est un brin agaçante, elle peut être quelque peu vindicative… alors ce n’est pas aussi facile qu’elle l’avait imaginé de se faire à sa nouvelle vie et de s’intégrer dans son nouveau village.

En bonne (ex) communicante, elle ne s’avoue néanmoins pas vaincue et fait ce qu’elle peut pour remédier à cette situation. Elle a une idée lumineuse : elle va participer au grand concours de quiche du village. Si elle gagne, ils ne pourront plus l’ignorer ! Le seul problème c’est qu’évidemment Agatha ne sait pas cuisiner, elle se nourrit quasi exclusivement de plats préparés qu’elle réchauffe au micro-onde. Qu’à cela ne tienne, elle n’a qu’à acheter une succulente quiche chez un traiteur londonien et tout le monde n’y verra que du feu… sauf que… sauf que non seulement, elle ne va finalement pas gagner le concours mais, en plus, Mr Cummuings-Browne, le juge du concours, va mourir le soir même en mangeant la fin de sa quiche qui se révèle empoisonnée ! Agatha vient se faire deux réputations d’un coup : tricheuse et empoisonneuse !

Une lecture sympathique et plutôt divertissante, à conseiller plus aux amoureux de la campagne anglaise qu’aux adaptes de polars : l’intrigue est plutôt mince, et c’est plus l’ambiance, les décors, les personnages, et l’humour tout anglais qui font apprécier le roman, voire qui vous feront finir par apprécie cette sacrée Agatha.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Marie Curie prends un amant » d’Irène Frain

Ma critique de « Marie Curie prends un amant » d’Irène Frain

« Marie Curie prends un amant » était depuis un petit moment dans ma liste de lecture. Je crois que j’avais été attiré par le titre, autant par « Marie Curie » que par « prends un amant », mais que j’avais un peu peur du coté « biographie »… du coup, il a longtemps stagné en milieu de pile. Et puis un jour, c’était le bon jour, et je m’y suis mis… et je dois avouer un vrai coup de cœur pour ce livre.

Le point de départ, c’est un petit livre déniché chez un bouquiniste. En fait, 2 fascicules reliés, 2 numéros d’une revue d’extrême droite datant de fin 1911 et consacrés au « Scandale Langevin-Curie ». Je ne connaissais pas cette histoire  Paul avait été l’élève de Pierre, il était marié, mais mal marié, et même battu… Mais en 1911, Marie, veuve depuis quelques années déjà, et Paul aurait eu une histoire d’amour… qui s’est terminé par ce scandale.

De ce point de départ, et grâce à un travail de recherche incroyable, Irène Frain raconte une histoire vraisemblablement assez fidèle à la réalité. L’enquête tient autant à un travail de journaliste que d’historien. Il a fallu, bien souvent, passer par des voies détournées car on manque cruellement de traces (Marie Curie a détruit beaucoup de documents, elle a aussi demandé à ses amis de faire de même. Pas beaucoup plus de traces aux RG où les dossiers des protagonistes ont été souvent expurgés).

J’ai été particulièrement impressionné par l’analyse ingénieuse des carnets de comptes de Marie Curie et de ce qu’elle a pu en tirer comme conclusions. En effet, Marie a toujours accordé une importance à sa comptabilité : elle gardait trace de toutes ses dépenses. D’abord dans de petits carnets qu’elle gardait avec elle, puis dans des livres où elle recopiait au propre et vérifiait. Ces carnets existent toujours et Irène Frain les a analysé sous un angle statistique pour les faire parler.

À cela s’ajoute un remarquable travail de bibliographie, des visites sur les lieux, l’analyse de quelques photos, de la presse de l’époque.

La lecture est passionnante. On apprends énormément sur la vie de Marie Curie. Son arrivée en 1891 pour faire ses études à Paris (elle logeait dans mon pâté de maison, vous y croyez ??), sa rencontre avec Pierre qui, comme elle, ne vivait que pour la Sciences et avait fait vœu d’y consacrer sa vie… Rencontre incroyable tant ils partagent de choses : la défense de Dreyfus, la croyance dans le progrès, dans l’éducation du peuple, dans la justice sociale, la défense des droits des femmes, la probable instabilité des atomes… Ils s’unissent, autant en tant que Marie et Femme, que pour leurs recherches. Ils auront d’ailleurs quatre enfants : deux filles, Irène et Ève, une petit garçon mort quelques heures après sa naissance et, enfin, le radium (Marie l’appellera toujours son « enfant »)

1903, leur premier prix Nobel, la première fois qu’il sera remis à une femme… Et ne première campagne où une certaine presse l’accuse de n’être que l’inspiratrice de son mari, son assistance dévouée… forcément, une femme… polonaise de surcroit.

Puis c’est la mort de Pierre, une période douloureuse mais Marie s’en sortira forcément. Elle a son travail, elle a la Science, elle a aussi une incroyable force de caractère. Et puis elle a aussi nombre d’amis qui lui sont dévoués. Puis ce sera son refus de la légion d’honneur (ce qui est bien plus compliqué que de l’accepter), sa tentative pour se faire élire à l’Académie des Sciences (les salles de la coupole sont, jusque là, interdites aux femmes… mais ce n’est qu’une tradition, rien n’est inscrit dans les règlements) et une nouvelle campagne dénonçant la femme, l’étrangère, qui travaille…. Le Figaro titrera à propose de cette affaire : « Nous avons déjà plus de femmes de lettres qu’un pays civilisé ne peut en supporter. Que les dieux favorables nous épargnent une génération de femmes de science »

Marie est une femme incroyablement forte, elle surmonte tous les outrages, ferme et fière. Mais l’affaire Langevin Curie, au moment même où elle est pré sentie pour un second Prix Nobel (elle est à ce jour la seule à en avoir reçu deux, dans deux matières différentes qui plus est !), est incroyablement dure. C’est un vrai lynchage médiatique, elle est agressée, on lui demande de rentrer en Pologne…

Bref, je vous en déjà dit beaucoup, désolé, mais j’ai du mal à m’en empêcher.

Je rajouterais que, si la vie de Marie Curie est si passionnante, c’est aussi grâce à tous les personnages secondaires tous plus intéressant les uns que les autres. L’auteur note à un moment que lors d’un diner chez les Langevin, il y avait pas moins de 5 futurs prix Nobel autour de la table. Et ceux qui ne seront pas Nobel sauront se distinguer : Jean Perrin qui fondra le Palais de la Découverte et le CNRS, Marguerite qui fondera le prix Femina… C’est ça le petite bande de Marie, et Irène Langevin a su merveilleusement en traduire l’énergie bouillonnante. Comme elle a su donner un aperçu de l’incroyable aventure du 1er congrès Solvay où, pendant 4 jours, à Bruxelles, Marie et une vingtaine d’autres physiciens, dont Albert Einstein discutent de la nature profonde de la Nature, ouvrant la voie à la physique moderne en acceptant comme valable la théorie de quantas.

Le 1er congrès Solvay

Aujourd’hui, personne ne se souvient de ce scandale. Marie Curie est une icône. Depuis 1995, ces cendres et celles de Pierre sont au Panthéon (celles de Paul Langevin aussi).

Sa fille Irène gagnera également un prix Nobel. Son autre fille, Éve, avait coutume de dire en riant qu’elle était la honte de la famille Curie car elle n’en avait pas… mais elle a eu une vie incroyablement riche également (son mari a eu un prix Nobel d’ailleurs).

Enfin, dernière revanche posthume pour les 2 amants, en 1948, Hélène Joriot, petite fille de Marie, épousa Michel Langevin, petit fils de Paul…

Bref, une histoire vraiment passionnante, écrite dans un style journalistiques particulièrement adapté. Un roman vrai sur un personnage incroyable.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Doctor Who: City of Death » de Douglas Adams et James Goss

Ma critique de « Doctor Who: City of Death » de Douglas Adams et James Goss

Je suis un fan inconditionnel de la série britannique « Doctor Who » et pourtant, je dois avouer que je n’avais jamais regardé un seul des épisodes « classiques », je ne connais que les docteurs depuis le reboot, or Christopher Eccleston était déjà le 10e docteur et plusieurs centaines d’épisodes avaient déjà été diffusés par la BBC depuis 1963.

L’an dernier, la version livre d’un épisode mythique est sortie, cela m’a intrigué (je vous explique pourquoi après) et, forcément, je l’ai lu, puis je l’ai vu, puis je me suis renseigné.

« City of Death » est donc le 105e épisode de la 1ère série du Doctor Who. Il a été diffusé le 10 octobre 1979 et reste aujourd’hui considéré, notamment par les britanniques, comme l’un des meilleurs de la série (c’est la 1ère raison de mon intérêt).

L’histoire se passe en 1979, à Paris (voici la 2e raison de mon intérêt !). On y retrouve le 4e docteur (le docteur « classique » préféré des britanniques) et son compagnon de l’époque, Romana (qui n’est pas humaine, c’est une Time Lady !). Le docteur et Romana sont en vacances… mais rapidement ils vont être témoins d’étranges phénomènes temporels puis, visitant le Louvre, ils se retrouvent mêlés à un projet de vol de la Joconde. Le Comte Scarlioni en a besoin pour financer ses recherches sur le voyage dans le temps. On découvrira rapidement que le Comte n’est pas humain non plus, il s’appelle en fait Scaroth et est le dernier des Jagaroth. Je n’en dit pas plus, je vous laisse lire (ou voir).


La 3e raison de mon intérêt tient à l’auteur de l’épisode. Il est attribué à « David Agnew », mais ce n’est qu’un pseudo derrière lequel se cache en fait 3 personnes :

  • La première, David Fischer, a imaginé la trame principale de la 1ère version du scénario
  • Les deux autres qui l’ont largement réécrit, sont Graham Williams mais, surtout, Douglas Adams. Ce n’est pas Douglas Adams qui a écrit le livre car il a jugé ridicule la première proposition qu’on lui a fait (600 £) et n’avait plus de temps pour le faire quand on lui propose plus. L’adaptation vient donc seulement de se faire, à titre posthume, grâce à l’autorisation de ses ayants-droits.

Voilà un pan de l’œuvre de Douglas Adams dont je n’avais pas idée ! Moi, fan du Docteur et fans du routard (sans oublier Dirk Gently ni le Spaceship Titanic), je ne pouvais qu’aimer… et j’ai beaucoup aimé !

Ceci dit, quelques remarques quand même pour nuancer :

  • J’ai évidemment préféré le livre aux épisodes, bien plus riche et sans doute aussi moins daté. Les épisodes sont sans doute considérés comme modernes pour l’époque… mais, vus en 2017, ils n’ont rien à voir avec les productions actuelles.
  • Le livre, comme le film, sont très drôles. Doctor Who est souvent drôles mais, l’influence de Douglas Adams, rends cette histoire vraiment brillante
  • Quelques faiblesses scénaristiques à déplorer (je crois que Douglas Adams les appelaient « licences créatives »…) : l’un des lieux/époques visités se trouve être la terre d’il y a 400 millions d’années et le Docteur y voit l’apparition de la vie… Alors, déjà, l’apparition de la vie sur Terre, ce n’est pas 400 millions mais 4,5 milliards (un facteur 10 quand même !) et les conditions y étaient telles qu’on ne pourraient pas sortir du Tardis pour la visiter (respirer toussa…).


Si on passe outre ces quelques incohérences, et qu’on se laisse porter par la joyeuse bande du Docteur, par les réjouissantes scènes parisiennes et l’intrigue plus qu’étonnante, c’est un bonheur à lire.

Je conseille les épisodes aux inconditionnels, mais le livre à tous !


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Gagner la guerre » de Jean-Philippe Jaworski

On m’a beaucoup conseillé « Gagner la guerre », beaucoup le qualifient de « Chef d’œuvre », il est présent dans nombre de listes « Meilleurs livres de… » sur Sens Critique. Bref, je ne pouvais qu’être intrigué, attiré… et y céder.

Ai-je été séduit ? Pas complétement. Ce n’est ni un coup de cœur, ni une réelle déception. Un bon roman mais qui me laisse sur un sentiment mitigé.

Le positif, et le plus impressionnant, c’est incontestablement l’univers dans lequel se situe le roman : le « Vieux royaume » est un monde parfaitement cohérent, imaginaire mais fortement inspiré de l’Europe de la Renaissance italienne.

  • La République de Ciudalia, tellement bien décrite qu’elle en devient presque un des personnages principaux du roman, fait immanquablement pensé à la Sérénissime Venise, décadente et pourrie mais aussi vivante et terriblement attachante.

Ciudalia trônait sur le bord du continent. Plus fière que jamais, elle faisait mentir par sa magnificence tous les bruits de désastre. Il suffisait de la contempler , la garce splendide, serrée dans ses jupes de pierre et ses corsages de marbre, pour saisir le fin mot de la terrible affaire où nous sombrions tous. C’était une croqueuse d’hommes.

  • Son ennemie jurée, Ressine, gouvernée par son Chah est vraisemblablement inspirée de l’Empire Ottoman.
  • Kaellsbruck semble celtique, la Principauté du Sacre et ses chevaliers évoque les chevalier teutoniques, etc.

Les personnages sont complexes, aucun n’est un héros, ni même simplement quelqu’un de bien. En fait, pas un seul n’inspire vraiment la sympathie, tous questionnent notre sens moral.

  • Le personnage principal du roman, don Benvenuto Gesufal, assassin de la guilde des chuchoteurs, maître espion de son Excellence le Podestat de la République est un pur produit des bas-quartiers de Ciudalia : un mercenaire cynique, parfait tueur sans grands scrupules, tour à tour canaille distrayante et personnage odieux et parfaitement détestable. Il a un instinct de survie sans faille et un don pour se fourrer, mais aussi se sortir, des pires situations.

Vous qui êtes en train de me lire, ne le faites vous pas pour vous distraire ? Et, quoique vous sachiez que je suis une inqualifiable crapule, n’êtes vous pas un peu mon ami ?

  • Leonide Ducatore, Podestat de la République, l’homme politique parfait : machiavélique, sans scrupules, capable de tout pour arriver à ses fins, y-compris les coups les plus tordus. Sa loyauté n’est jamais acquise, il est capable de tout sacrifier, y-compris sa famille, si cela sert ses intérêts.

Quel gâchis, Benvenuto… Un homme si vaillant, si brillant! J’espère qu’il a pu aller au fond des choses avant de s’éteindre. Réaliser que je ne le tuais pas par haine, mais par admiration. J’espère qu’il a pu saisir que cette mort, malgré toute son ignominie, restait une forme d’hommage…

  • Sassanos, le Sapientissime, sorcier du Podestat, l’un des personnages les plus noirs, mais aussi l’un de plus intéressants du roman (difficile de vous en dire plus sans spoiler, désolé).

Car oui, le « Vieux Royaume » est une sorte d’uchronie mais « Gagner la guerre » est aussi un roman de Fantasy : on y croise quelques elfes, un nain et quelques adeptes de la magie… Elle y occupe une place moindre que les intrigues politiques, les coups tordus et les intrigues des vieilles familles de la République, mais elle vient ajouter un peu de piquant à l’histoire.

Bref, c’est un bon roman, un style étonnant, mêlant des passages très recherchés et qu’on sent très documentés, avec de piquantes expressions argotiques et une gouaille réjouissante, mais aussi quelques longueurs (ce qui ne pardonne pas pour un roman qui fait quand même près de 1000 pages) et, finalement, des personnages tous plus détestables les uns que les autres… C’est peut-être cela qui m’a fait perdre en empathie… et donc en intérêt ?

Assurément, cela reste un roman « à lire », … mais un chef d’œuvre ? Pas vraiment.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Les cosmonautes ne font que passer » d’Elitza Gueorguieva

Dans son roman « Les cosmonautes ne font que passer », Elitza Gueorguieva laisse parler la petite fille qu’elle était, de son entrée à l’école Iouri Gagarine à 7 ans jusqu’à ses 14 ans.

Lorsqu’elle rentre à l’école, elle décide rapidement qu’elle veut devenir Iouri Gagarine… mais évidemment, devenir Iouri Gagarine, pour une petite fille, Bulgare qui plus est, ça ne vas pas être facile.

Le ton est plaisant, l’histoire sympathique et souvent drôle, et j’ai vraiment apprécié de décalage du regard entre ce qu’on comprends, nous, lecteurs adultes du XXIe siècle, et ce que cette enfant en dit. Elle décrit la fin d’une époque, nous savons que c’est le basculement d’un monde.

Outre cette petite fille bulgare, on notera quelques personnages secondaires savoureux :

  • ses parents, quelque peu blasés par cette petite fille fantasque, qui se livrent à des activités clandestines dans la salle de bain en laissant couler l’eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément,

« Ton père n’est pas un manuel de cosmonautique, t’assure-t-il en mastiquant nerveusement un cure-dents. Tu comprends que ton enquête sur Iouri Gagarine, menée vigoureusement depuis quelques jours auprès de ton entourage, n’est pas prise au sérieux, et cela t’indigne au plus haut point. Tu décides de te venger et tu caches la boîte de cure-dents derrière le frigidaire, manœuvre surprise par ton père qui te demande de t’expliquer. Tu lui dis alors, tout en remettant la boîte de cure-dents à sa place, que tu aimerais aborder avec lui, afin de mieux décortiquer l’histoire de la conquête spéciale, quelques problématiques concrètes, à savoir :
a) C’est quoi ?
b) C’est où ?
c) Comment peut-on participer ? »

  • son grand père, communiste émérite, seul réel soutien dans son projet de conquête spatiale,

Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.

  • son chien, l’indestructible bâtard Joki, qu’elle verrait bien participer à la conquête spatiale,
  • sa camarade de classe, Constantza « habillée comme un baklava rose », tour à tour « peste » et « meilleure amie ».

Au début du roman, on est en plein communisme, on découvre un camarade président indéboulonnable, une camarade directrice, professeure de russe et de patriotisme, un placard « difficile d’accès » bien utile, les pénuries et les queues devant les magasins. Puis le mur de Berlin tombe, la transition démocratique se mets en place, l’école change de nom, la camarade directrice s’appelle désormais madame, la mafia arrive, la pauvreté aussi…

Entre ironie et émotion, politique sans être partisan, c’est un bien beau premier roman et un belle découverte.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma Critique de « L’enfant qui mesurait le monde » de Metin Arditi

L’enfant qui mesurait le monde s’appelle Yannis. Yannis est autiste et tout changement l’angoisse profondément, alors Yannis s’efforce de mesurer le monde et de le maintenir dans l’harmonie : tous les jours ils étudient dans quel ordre les pécheurs rentrent au port et avec quelle quantité poissons, puis il compte les clients du café. De ces mesures, il construit un indice pour mesurer l’écart entre la situation du jour et le monde parfait puis, en pliant des origamis, essaie d’en rétablir l’équilibre.

Yannis vit sur l’île grecque de Kalamaki avec sa mère, Maraki. Maraki est pêcheuse comme l’était son père, elle élève Yannis presque seule, avec beaucoup de courage mais est souvent dépassée par ce fils si différent des autres.

Eliot était architecte à New-York quand il apprit la mort accidentelle de sa fille Dickie, étudiante archéologue en Grèce, le pays de ses ancêtres. Depuis, Eliot vit à Kalamaki et s’efforce de surmonter son deuil et d’honorer de son mieux le souvenir de sa fille. Il y vit depuis 12 ans mais reste « l’étranger ».

« L’enfant qui mesurait le monde », c’est la rencontre de ces 3 personnages, de ces 3 solitudes, de ces 3 douleurs. C’est aussi le portrait de Kalamaki, petite île grecque de la mer Égée. Kalamaki, comme la Grèce, traverse une crise économique profonde et difficile. Tout le monde en veut évidemment au FMI, à la BCE, à la Commission Européenne mais cette petite communauté reste soudée et solidaire.

Malgré quelques belles idées, je n’ai pas vraiment réussi à rentrer dans ce livre. Il est touchant mais, à l’exception peut-être de Yannis, les personnages manquent de profondeur. L’écriture est assez banale, il y a quelques longueurs… bref, ça tourne un peu en rond… Dommage.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !