Ma Critique de « City on Fire » de Garth Risk Hallberg

Alors, coup d’édition ou révélation ?

City on fireCity on fire est le gros buzz littéraire de ce début d’année : le livre a été acheté par la maison d’édition Knopf pour 2 millions de dollars, Hollywood aurait déjà acheté les droits du livre et, en France, les éditions Plon l’ont acheté pour environ 200 000 €. Pourquoi un tel engouement pour un pavé de 1000 pages ?

L’histoire se passe à New-York, de la St Sylvestre 76 jusqu’au « Black-out » du 13 juillet 77. En 1976, New-York est malade, la grosse pomme est en train de pourrir, au bord de la banqueroute financière et de l’explosion sociale : violente, corrompue, anarchique, sale, bruyante… la ville est en pleine déroute mais on sent déjà l’énergie qui présidera à sa métamorphose des années 80.

C’est une vaste fresque, entre roman noir et polar, mêlant et entremêlant quantité d’intrigues et de personnages… mais le héros du roman, finalement, c’est New-York.

Les personnages sont à l’image de la diversité de New-York, de tous les âges, de tous les milieux sociaux, de toutes les origines… mais New-Yorkais avant tout. En vrac, dans le désordre et sans prétendre à l’exhaustivité :

  • Sam, attachante jeune punk, retrouvée grièvement blessée dans Central Park le soir du nouvel an,
  • Charlie, un ado assez mal dans sa peau, banlieusard paumé, amoureux de Sam et aussi punk et perdu qu’elle
  • William Hamilton-Sweeney III (alias Billy three-sticks), ex-leader du groupe punk Ex Post Facto, désormais artiste plasticien, accessoirement riche héritier en rupture avec sa famille et héroïnomane,
  • Mercer Goodman, son amant noir, jeune professeur et aspirant romancier, récemment débarqué du « Sud », sa Géorgie natale, irrésistiblement attiré par la grosse pomme,
  • Regan, la sœur de William, tiraillée entre son père et son frère (qu’elle ne voit plus), protégeant ses enfants, Willy et Cate, gérant sa carrière au sein de la Holding familiale et en plein divorce avec…
  • Keith, beau mec en pleine crise (de la quarantaine, de confiance, professionnelle…) qui a trompé sa femme avec Sam,
  • La belle famille : Felicia, la nouvelle femme du père et…
  • Amory, l’oncle par alliance, alias le « Frère Démon » machiavélique,
  • Les autres membres du phalanstère punk post-humaniste, Nikki Chaos et sa bande,
  • Larry Pulaski, le commissaire de police chargé de l’enquête,
  • Richard Groskoph, journaliste écrivant sur les artificiers, et donc interviewant Carmine Ciccario avant d’être happé par ce qui arrive à sa fille,
  • Carmine Ciccario, donc, le père de Sam, artificier, autant artiste qu’artisan, héritier de la tradition familiale mais sur le point de sombrer sous les coups de boutoirs de la modernité,
  • Jenny la voisine de Richard mais aussi assistante de Bruno
  • Bruno, lui-même propriétaire d’une galerie d’art et mentor de William,

  • Vous voyez ce que ça donne ? Les fils qui se tirent, les intrigues qui se mêlent ? Non ? Ce que ça pourrait donner ? Non plus ? Eh bien, lisez !

C’est un roman incroyable, d’une ambition folle et résolument contemporain qui ne laisse pas indifférent et m’a coupé le souffle.

Certes, j’ai eu un peu de mal au début car, à l’échelle de New-York, GRH a beau avoir multiplié les personnages, certaines coïncidences sont difficiles à accepter. Mettons que c’est pour le bien du récit… mais tout de même !

La structure du roman, par contre, m’a beaucoup plu (et impressionné) : les allers-retours temporels vous entraînent toujours plus loin dans votre compréhension de ses (nombreux) protagonistes, des interludes illustrés (lettres, fanzines, articles) ajoutent beaucoup de matière et de densité (attention lecteur d’epub, tu auras beaucoup de mal à les consulter… moi j’ai dû jongler entre Kindle et iPad).

Bref, un premier roman très convaincant. Accordez-vous quelques centaines de pages pour se faire à la multitude de lieux, de dates et de personnages et vous serez happé, jusqu’à ne plus pouvoir le lâcher. Vous ne le regretterez pas.


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Écrit par moko Tous les billets de cet auteur →

Lomographe, lecteur... et maître de la toile d'araignée... et expert en accessibilité... et des trucs dans les medias, les réseaux, le marketing, le design...

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