livre

Ma critique de « Des souris et des hommes » de John Steinbeck

Ma critique de « Des souris et des hommes » de John Steinbeck

Ouille, 30 septembre et je viens juste de finir « Of Mice and Men », c’était moins une pour ma première lecture suggérée par Le Fifou Reading Club ! (maintenant que je vais au boulot en vélo, je lis beaucoup moins, forcément… alors comme en plus j’ai commencé tard et qu’il faut avouer que je lis quand même moins vite en anglais). Bref… j’ai autant de retard dans mes lecture que de retard dans mes critiques. Je suis un Strasbourgeois heureux, un Strasbourgeois adapte du vélo… mais un Strasbourgeois en retard.

J’ai été très content de trouver l’occasion de lire, enfin, l’un des grands classiques de la littérature américaine. Un roman court mais saisissant, une des meilleures histoires d’amitié qu’il m’ait été donné de lire, racontée dans une langue incroyablement juste. On est tout de suite transporté dans la campagne californienne (au sud de Soledad, quelque part entre SF et LA). On est tout de suite transporté dans les années 30, au début de la Grands Dépression, avant la mécanisation de l’agriculture, quand des nuées de journaliers parcouraient les routes américaines, de ranchs en ranchs, en quête de petits boulots mal-payés, vivant dans des conditions plus que précaires.

“Maybe ever’body in the whole damn world is scared of each other.”

« Of mice and men », c’est l’histoire de George et Lennie, liés par une amitié indéfectible alors qu’ils sont aussi différents que possible. George est futé, bienveillant, pragmatique, il a la tête sur les épaules… alors que Lennie est naïf et simple, voire simple d’esprit, mais d’un gabarit impressionnant. Lennie a besoin de Georges car il est l’archétype de l’innocence, potentiellement dangereux pour lui ou pour ceux qui le côtoient, mais foncièrement innocent. Leur amitiés s’est forgée sur la route et est entretenue par le rêve de posséder un petit lopin de terre en commun, pour enfin arrêter de battre la campagne, enfin être chez eux et vivre comme bon leur semble.

“I got you to look after me, and you got me to look after you, and that’s why.”

Dans ce roman court et touchant, la tension est palpable. Avec les autres ouvriers agricoles, avec le fil du patron et sa femme, un freluquet bagarreur et une blonde aguicheuse.

« Of mice and men » est avant tout un plaidoyer contre le racisme et la ségrégation, pour le rejet du handicap. Steinbeck porte un regard critique sur un système qui n’engendre que des déçus, des exploités, qui se nourri de violence et ne peut générer que de la violence. Tant et si bien qu’il fut vivement critiqué dans les années 50 à cause de ce portrait cruel qu’il faisait de l’Amérique, bien loin du rêve américain, puis ensuite dans les années 90 car il montrait crument, et, oh horreur, avec le mot en « n », le racisme ordinaire de cette société.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Le cinquième principe » de Vittorio Catani

Je reprends le fil de mes critiques. Je vous rassure, je n’ai pas arrêté de lire (j’ai juste ralenti depuis que je circule à vélo), il se trouve juste que mon déménagement/aménagement m’a occupé à plein-temps… J’ai donc 5 critiques en retard 🙁

Dans ce roman de science-fiction de Vittorio Catani, l’action se passe en 2043. Demain, presque, donc.

En 2043, l’ultra-libéralisme n’est plus discuté, une fraction de l’humanité, ultra-riche, s’est isolée laissant la majorité des terriens dans une pauvreté extrême, voire les mettant en esclavage. Aux ultra-riches, la spéculation effrénée, aux autres un endettement illimité (chacun pouvant émettre des obligations personnelles à long-terme pour régler dépenses et factures).

Chacun est par contre équipé de PEM (Prothèses Électroniques Mentales) qui remplacent nos smartphones et ordinateurs, autant pour l’accès aux informations que pour la communication, y-compris télépathique. Problème, elles sont encore plus sensibles que nos matériels actuels aux virus, trackers et autres dispositifs publicitaires et/ou malveillants.

C’est un roman chorale où l’on suit de nombreux personnages tout autour du globe, d’Undergound New-York où s’entassent sous terre des salariés peu qualifiés, exploités et mal-payés, à Diaspar, cité idéale et secrète réservée aux ultra-riches.

Partout autour du monde, on assiste à des EE (Évènements Exceptionnels), des phénomènes physiques inexpliqués, violents et destructeurs (effondrement massif des sols, cyclones, tornades, troubles de la gravité…). Certains y voit les premières preuves de l’existence d’un cinquième principe de la thermodynamique qui menace de faire vaciller les fondements même de la société.

Des blocs de béton s’envolaient, les trottoirs se crevassaient, la mer tourbillonnait, crachait des geysers à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Les viscères du monde se déchiraient pour l’accueillir. Il estima sa durée de vie à dix secondes, mais il heurta violemment un mur invisible, ou en tout cas subit une force répulsive. Une douleur abominable fulgura dans son bassin, ses hanches, ses omoplates.

Le roman prend tout son sens à la fin quand certains de ces destins se retrouvent dans un final… puissant.

Un roman dense et complexe, intéressant (quoique parfois un peu déroutant).


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « La ballade de lʼenfant gris » de Baptiste Beaulieu

Une quête initiatives dans laquelle les apparences sont parfois trompeuses

Joʼ est un jeune interne en service pédiatrique.

Noʼ est un petit garçon de 7 ans, au teint gris car atteint dʼune maladie du sang.

« La ballade de lʼenfant gris », cʼest lʼhistoire de Joʼ et Noʼ. Une histoire qui est racontée, alternativement, avant et après la « déchirure ».

Avant la déchirure, Noʼ est hospitalisés, et Joʼ est lʼun de ses médecins. .Noʼ est de plus en plus mal, Noʼ a peur de la chambre 33 où disparaissent tous ses amis, mais Noʼ sʼinterroge aussi sur sa maman, Maria, dont les visites sont rares. Dʼailleurs, tout le personnel du service pédiatrique sʼinterroge : Comment une mère peut-elle ne pas trouver le temps dʼêtre présente auprès de son enfant aux portes de la mort ?

Après la déchirure, Noʼ revient pour hanter Joʼ. Un petit fantôme que Joʼ doit rendre à sa mère… mais, pour cela, il faut la trouver, et en la cherchant, tâcher de la comprendre, comprendre qui elle est et comprendre pourquoi elle se comporte comme ça.

Un roman sensible et juste, rempli de personnages fantasques et attachants. Parmi lesquels je ne citerais que :

  • lʼexceptionnelle Mme Crinchon, une infirmière de pédiatrie, atteinte du Syndrome de Tourette. A-t-on idée ?
  • Pozzinina et Lucinda, les 2 tenancières de lʼétonnante pension Lili, à Rome, qui feront le train dʼunion nécessaire entre Joʼ et Maria, entre Paris et Jérusalem.

Un roman qui aurait pu être plein de pathos tant le thème en est dur mais qui réussit à être drôle et triste à la fois, sombre et lumineux, bienveillant et généreux. Des questionnements lucides sur la vie, la mort, la maladie mais aussi lʼamour, la religion, la difficulté dʼêtre mère…

Ma critique de « Écoute la ville tomber » de Kate Tempest

« Écoute la ville tomber » est le premier roman de Kate Tempest dont on me dit quʼelle serait une rappeuse anglaise déjà connue et reconnue dʼune trentaine dʼannée (ce que je veux bien le croire).

Dans ce roman, elle nous plonge au cœur de Londres à travers 3 personnages principaux, Becky, Harry et Leon, mais aussi leurs amis et leurs familles. Un roman très actuel mais qui se construit avec de multiples sauts temporels, pour reconstituer les enfances de chacun des protagonistes, de manière à mieux comprendre comment ils sont devenus ce quʼil sont. Des parcours quʼon découvre inexorables, sous le poids dʼune société de plus en plus pesante, donnant de moins en moins de perspectives à une jeunesse désenchantée, vivant de petits boulots et se réfugiant dans la drogue.

Raconté comme cela, ça pourrait avoir lʼair sordide mais, étrangement, le sentiment que laisse le roman est finalement assez optimiste.

Je vous la fais courte pour décrire les 3 personnages principaux :

  • Becky, la lumineuse Becky, est danseuse professionnelle. Cʼest à dire quʼelle rêve de vivre de son métier de danseuse… mais que pour juste vivre son métier de danseuse, elle a une activité parallèle de « masseuse ».
  • Harry, elle, est un garçon manqué. Dans une société et une ville qui ne lui offrait que peu de perspectives, elle utilise ses talents commerciaux et relationnels dans une florissante activité de dealeuse de drogue.
  • Leon, son ami de toujours, surveille ses arrières et gère lʼintendance. Tout deux sont conscients que cette activité nʼest pas une carrière : ils veulent rapidement se constituer un capital pour pouvoir se construire une vie « honnête ».

Chacun de ces personnages parait particulièrement crédible et ils sont tous attachants, avec les qualités et leurs défauts, forts et fragiles à la fois.

La plume de Kate Tempest est affutée, stylée, percutante et incisive. Enfin, la construction du roman, avec ses multiples trames et époques, loin de perdre le lecteur donne du sens au roman et lui confère un rythme impressionnant, qui colle parfaitement avec lʼénergie de Londres, embarque le lecteur et soutient son intérêt.

Bref, une très bonne lecture que je vous conseille.

Et, pour ne pas mourrir idiot, jʼai chercher le dernier titre de Kate Tempest, le voici donc :


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Le Maître du Haut Château » de Philip K. Dick

Et si les forces de lʼAxe avaient gagné ? Si Washington, et non Hiroshima, avait été atomisé ? Si les alliés avaient capitulés ? Si les États-Unis avaient été occupés ? Si lʼAxe sʼétait partagé son territoire : aux japonais la côte pacifique, aux nazis la côte est et une zone « libre » entre les deux ? Cʼest cette hypothèse quʼexploite Philip K. Dick dans cette uchronie. Et il le fait de manière brillante et ingénieuse.

Le récit se situe 20 ans après la guerre. La situation politique est sur le point de basculer en Allemagne, donc dans tout le monde nazi, suite aux jeux de pouvoirs pour organiser la succession à la tête du Reich. Lʼéquilibre du pouvoir entre les nazis et la japonais est lui-même de plus en plus précaire. Lʼessentiel de lʼaction se passe sur la côte ouest, dans les États Pacifiques mais cʼest bien la situation politique allemande qui est un des moteurs de lʼintrigue.

Je nʼen dévoile pas plus… sauf deux choses que jʼai particulièrement aimé :

  • Lʼusage du Yi-King, le livre des transformations utilisé depuis des siècles en chine pour faire de la divination, que Philip K. Dick utilise de manière plus quʼhabile,
  • Le trait de génie, enfin, cʼest le livre dans le livre quʼil nous propose, lʼuchronie dans lʼuchronie : le « maître du haut château » est un écrivain de science-fiction ayant écrit un livre « Le poids de la sauterelle » qui raconte un monde dans lequel les alliés auraient gagné la guerre en 1945… Et cʼest là que le lecteur a le tournis car ce monde ressemble au nombre… sans être le nôtre exactement. Plusieurs détails ne concordent pas. Nous voici donc dans une uchronie quʼon imagine quasi-infinie.

La fin du livre est assez énigmatique mais lʼédition que jʼen ai lu est enrichie par les premiers chapitres dʼune suite que Philip K. Dick avait écrit, ce qui donne un éclairage bienvenu.

Bref, une lecture que je conseille vivement.

Maintenant, je regarde l’adaptation en série TV qu’Amazon a produite et que j’apprécie également beaucoup. Je vous en reparle ici très prochainement 🙂


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Briser la glace » de Julien Blanc-Gras

Ma critique de « Briser la glace » de Julien Blanc-Gras

Nous l’avons déjà suivi en Amérique du sud, au Mexique, aux Émirats… C’est au Groenland que Julien Blanc-Gras nous invite à le suivre dans « Briser la glace ».

Un périple étonnant dans un pays qui ne l’est pas moins. Nous avons tous des idées reçues sur ce pays (en tout cas JBG et moi), on se rendra compte à la lecture qu’elles sont, pour la plupart fausses.

Un lecture très agréable et, pour ne rien gâcher, instructive. Par petites touches, dans de courts chapitres, on suit l’auteur à la découverte des villes comme des villages, des Groenlandais mais aussi des autres visiteurs ou expatriés du coin. On peut mesurer l’impact du changement climatique (même si ce n’est manifestement pas un problème, pour les Groenlandais en tout cas) mais aussi l’impact de l’irruption du monde moderne sur une société traditionnelle.

C’est léger, parfois un peu décousu mais toujours, et comme toujours, très drôle.

Je fais des conférences dans des écoles et je vois qu’on ne montre que du négatif aux gamins. On leur explique que la planète est foutue. Je préfère leur transmettre l’idée que la planète est belle.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

La photo d’entête est de StarryEarth. Elle est en licence Creative Commons BY-NC 2.0.

Ma critique de « Long Island » de Christopher Bollen

Jʼai été attiré par de nombreuses critiques, dans la presse et sur le net, toutes assez élogieusesmais je dois avouer que je ne suis vraiment pas convaincu par ma lecture.

Le polar est assez insipide (on devine rapidement le nom du coupable), lʼhistoire traine en longueur et plusieurs des personnages ne mʼont pas parus réellement crédibles… Bref, voici un livre que je suis heureux dʼavoir terminé 🙁

Ce qui sauve (un peu) ma lecture, cʼest peut-être la description dʼOrient, petit ville dʼenviron 700 habitants au bout de Long Island. Les mécanismes à lʼoeuvre au sein de sa communauté, entre les « natifs » dʼOrient, souvent héritiers de famille établies là depuis des générations, et les riches artistes new-yorkais qui ne cherchent pas vraiment à sʼintégrer et font monter en flèche les prix de lʼimmobilier. La gentrification dʼOrient peut-elle lui faire perdre son âme ?

Pour le reste, je dois avouer que les tergiversations de Beth mʼont plus ennuyé quʼautre chose, le personnage de Paul manque à mon sens de profondeur, Mills est par bien des aspects une énigmes, les multiples artistes décrits (longuement) sont sans doute crédibles mais quel manque de profondeur !

Bref, cʼest long long loooonnng. Lʼénigme est cousue de fil blanc, lʼhistoire peu crédible et le style brouillon. Vite, un autre livre !


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « La faucheuse » de Neal Shusterman

Plus de famine, plus de misère, plus de guerres… plus de gouvernements. Le « Thunderhead », une IA héritière du Cloud, et avant lui de l’internet primitif, gère tout pour le plus grand bien de l’Humanité.

Enfin tout… non, pas vraiment tout. Quand l’Humanité a conquis la Mort en fournissant le moyen à tout à chacun de rajeunir comme bon lui semble, voire de ressusciter si besoin, elle a également décidé que, pour maintenir la démographie, il fallait se substituer à la nature et que, naturellement, cette tâche devait être réservée aux humains.

C’est ainsi qu’a été fondée la communauté de Faucheurs dont le rôle est de « glaner », c’est à dire de prélever un quota annuel de victimes. Tout cela se fait de manière très encadrée et codifiée, il ne faudrait pas que le hasard ou les aprioris des faucheurs entrent en ligne de compte. Il faut que cela reste juste, en un mot, humain…

Malheureusement, les faucheurs restent avant tout des humains et leur communauté souffre des travers de toute communauté humaine : corruption, trafic d’influence, désirs et pulsions…

Neal Shusterman fait un travail étonnant et particulièrement habile pour imaginer les conséquences sur nos sociétés humaines d’un monde où la mort n’existe plus. Le début est assez lent mais la lecture devient rapidement addictive, au fur et à mesure que son monde gagne en épaisseur. Une lecture surprenante.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « Dans le désert » de Julien Blanc-Gras

Voyager, c’est découvrir que tout le monde a tort. » Aldous Huxley

Infatigable écrivain voyageur, Julien Blanc-Gras nous fait cette année découvrir la péninsule arabique. Du Qatar à Oman, en passant par Dubaï, en essayant de passer par le Bahreïn (les journalistes n’y sont pas bienvenus), et sans passer par l’Arabie Saoudite (le pays tout entier est interdit aux non-musulmans). Dans tous ces voyages, il essaie de rencontrer des locaux pour mieux les comprendre et, éventuellement, s’en faire des amis. Y arrivera-t-il dans ces pétromonarchies ?

Le projet est d’autant plus intéressant que nous avons, nous occidentaux, une connaissance assez lacunaire de ces pays, faite de clichés, d’idées préconçues et surtout sans nuances. Défaut que Julien Blanc-Gras admet lui-même partager.

On en parle beaucoup, de ces pétromonarchies du Golfe, et on en parle pas toujours en bien. Elles sont accusées, pêle-mêle, d’acheter la France, de financer le terrorisme, d’opprimer les femmes, de pratiques l’esclavage et de s’accaparer les meilleures pièces du magasin Vuitton des Champs-Élysées. On en parle surtout de loin et j’ai envie de voir de plus près. »

Ces pays se ressemblent, certes, car ce sont tous des États autoritaires (pour ne pas dire totalitaires) qui naviguent entre tradition et modernité depuis que la découverte sur (enfin sous) leur sol d’immense réserve de pétrole et gaz a chamboulés leur mode de vie, transformant pêcheurs et bédouins en rentiers en moins de 40 ans.

Ils se ressemblent mais on découvre, une fois sur place, qu’ils sont également très différents les uns des autres…

Julien Blanc-Gras est très ouverts et très curieux. Il va donc faire bon nombre de rencontres… mais assez peu avec des locaux. Le choc culturel est dur, la glace n’est pas facile à briser. Qataris, Dubaïotes et Bahreïnien sont aujourd’hui minoritaires dans leurs pays, et ont développés d’étonnants mécanismes pour protéger leurs modes de vie et leurs traditions.

Disons-le, ce roman m’a beaucoup plus. Encore une fois, Julien Blanc-Gras a su aller au-delà des clichés et nous emmener à sa suite dans sa découverte de ces pays, avec beaucoup d’humour, une humilité et une autodérision impressionnante et un regard décalé bienvenu.


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !

Ma critique de « La Disparition de Josef Mengele » d’Olivier Guez

Josef Mengele était médecin à Auschwitz. On le surnomme parfois « L’ange de la mort » ou « Le boucher d’Auschwitz ». Il participait à la sélection des arrivants pour déterminer ceux capables de travailler, ce qui condamnait les autres à la chambre à gaz. Il collectionnait les yeux bleus qu’il épinglait tels des papillons sur les murs de son bureau et pratiquait toutes sortes d’expérimentations, notamment sur les jumeaux.

À la libération, Josef Mengele est fait prisonnier par les forces américaines mais il n’est pas identifié par les américains (les SS avaient leur numéro d’immatriculation tatoué… mais par coquetterie, il s’y était toujours refusé…) et est finalement libéré. Il se cache pendant quelques temps mais finit par s’enfuir en 1949 pour gagner l’Argentine.

Josef Mengele est l’un des plus fameux criminels nazis et Olivier Guez nous raconte cet exil en Amérique du Sud.

procul recedant somnia, et noctium phantasmata
Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit.

Arrivé en Argentine, il bénéficie rapidement du soutien de ses pairs en exil et de la complaisance de Juan Perón. Ce dernier entendait profiter de la guerre froid et utiliser les compétences de tous ces fascistes arrivés de toute l’Europe pour préparer la 3e guerre mondiale qu’il pensait imminente.

Sous plusieurs fausses identités, en Argentine puis au Paraguay, et enfin au Brésil, avec le soutien financier indéfectible de sa famille (les Mengele sont issus de Günzburg en Bavière où ils possèdent une florissante entreprise de machines agricoles), on le suit de fuite en fuite jusqu’à sa mort en 1970.

De plus en plus recherché, au fur et à mesure que la lumière est faite sur les crimes nazis et sur les camps, il est traqué par le Mossad puis par les américains et les allemands de l’Ouest mais reste insaisissable. Il en devient presque une légende. Une légende noire et maléfique.

« La Disparition de Josef Mengele » est un excellent roman, une biographie romancée mais fortement documentée. Le portrait de Josef Mengele est saisissant : irascible, égocentrique, raciste, violent, cruel, il ne manifestera jamais aucun regret, ne se remettra jamais en cause. Une histoire parfois glaçante, mais une lecture prenante, voire addictive.

Enfin, une conclusion bienvenue car il est toujours bon de faire acte de mémoire.

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

Ah, et j’ai failli oublier… mais « La Disparition de Josef Mengele » d’avoir le prix Renaudot !


Retrouvez cette critique sur Sens Critique où vous pouvez aussi me retrouver !