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Ma critique de « Briser la glace » de Julien Blanc-Gras

Ma critique de « Briser la glace » de Julien Blanc-Gras

Nous l’avons déjà suivi en Amérique du sud, au Mexique, aux Émirats… C’est au Groenland que Julien Blanc-Gras nous invite à le suivre dans « Briser la glace ».

Un périple étonnant dans un pays qui ne l’est pas moins. Nous avons tous des idées reçues sur ce pays (en tout cas JBG et moi), on se rendra compte à la lecture qu’elles sont, pour la plupart fausses.

Un lecture très agréable et, pour ne rien gâcher, instructive. Par petites touches, dans de courts chapitres, on suit l’auteur à la découverte des villes comme des villages, des Groenlandais mais aussi des autres visiteurs ou expatriés du coin. On peut mesurer l’impact du changement climatique (même si ce n’est manifestement pas un problème, pour les Groenlandais en tout cas) mais aussi l’impact de l’irruption du monde moderne sur une société traditionnelle.

C’est léger, parfois un peu décousu mais toujours, et comme toujours, très drôle.

Je fais des conférences dans des écoles et je vois qu’on ne montre que du négatif aux gamins. On leur explique que la planète est foutue. Je préfère leur transmettre l’idée que la planète est belle.


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La photo d’entête est de StarryEarth. Elle est en licence Creative Commons BY-NC 2.0.

Ma critique de « Long Islanbd » de Christopher Bollen

Jʼai été attiré par de nombreuses critiques, dans la presse et sur le net, toutes assez élogieusesmais je dois avouer que je ne suis vraiment pas convaincu par ma lecture.

Le polar est assez insipide (on devine rapidement le nom du coupable), lʼhistoire traine en longueur et plusieurs des personnages ne mʼont pas parus réellement crédibles… Bref, voici un livre que je suis heureux dʼavoir terminé 🙁

Ce qui sauve (un peu) ma lecture, cʼest peut-être la description dʼOrient, petit ville dʼenviron 700 habitants au bout de Long Island. Les mécanismes à lʼoeuvre au sein de sa communauté, entre les « natifs » dʼOrient, souvent héritiers de famille établies là depuis des générations, et les riches artistes new-yorkais qui ne cherchent pas vraiment à sʼintégrer et font monter en flèche les prix de lʼimmobilier. La gentrification dʼOrient peut-elle lui faire perdre son âme ?

Pour le reste, je dois avouer que les tergiversations de Beth mʼont plus ennuyé quʼautre chose, le personnage de Paul manque à mon sens de profondeur, Mills est par bien des aspects une énigmes, les multiples artistes décrits (longuement) sont sans doute crédibles mais quel manque de profondeur !

Bref, cʼest long long loooonnng. Lʼénigme est cousue de fil blanc, lʼhistoire peu crédible et le style brouillon. Vite, un autre livre !


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Ma critique de « La faucheuse » de Neal Shusterman

Plus de famine, plus de misère, plus de guerres… plus de gouvernements. Le « Thunderhead », une IA héritière du Cloud, et avant lui de l’internet primitif, gère tout pour le plus grand bien de l’Humanité.

Enfin tout… non, pas vraiment tout. Quand l’Humanité a conquis la Mort en fournissant le moyen à tout à chacun de rajeunir comme bon lui semble, voire de ressusciter si besoin, elle a également décidé que, pour maintenir la démographie, il fallait se substituer à la nature et que, naturellement, cette tâche devait être réservée aux humains.

C’est ainsi qu’a été fondée la communauté de Faucheurs dont le rôle est de « glaner », c’est à dire de prélever un quota annuel de victimes. Tout cela se fait de manière très encadrée et codifiée, il ne faudrait pas que le hasard ou les aprioris des faucheurs entrent en ligne de compte. Il faut que cela reste juste, en un mot, humain…

Malheureusement, les faucheurs restent avant tout des humains et leur communauté souffre des travers de toute communauté humaine : corruption, trafic d’influence, désirs et pulsions…

Neal Shusterman fait un travail étonnant et particulièrement habile pour imaginer les conséquences sur nos sociétés humaines d’un monde où la mort n’existe plus. Le début est assez lent mais la lecture devient rapidement addictive, au fur et à mesure que son monde gagne en épaisseur. Une lecture surprenante.


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Ma critique de « Dans le désert » de Julien Blanc-Gras

Voyager, c’est découvrir que tout le monde a tort. » Aldous Huxley

Infatigable écrivain voyageur, Julien Blanc-Gras nous fait cette année découvrir la péninsule arabique. Du Qatar à Oman, en passant par Dubaï, en essayant de passer par le Bahreïn (les journalistes n’y sont pas bienvenus), et sans passer par l’Arabie Saoudite (le pays tout entier est interdit aux non-musulmans). Dans tous ces voyages, il essaie de rencontrer des locaux pour mieux les comprendre et, éventuellement, s’en faire des amis. Y arrivera-t-il dans ces pétromonarchies ?

Le projet est d’autant plus intéressant que nous avons, nous occidentaux, une connaissance assez lacunaire de ces pays, faite de clichés, d’idées préconçues et surtout sans nuances. Défaut que Julien Blanc-Gras admet lui-même partager.

On en parle beaucoup, de ces pétromonarchies du Golfe, et on en parle pas toujours en bien. Elles sont accusées, pêle-mêle, d’acheter la France, de financer le terrorisme, d’opprimer les femmes, de pratiques l’esclavage et de s’accaparer les meilleures pièces du magasin Vuitton des Champs-Élysées. On en parle surtout de loin et j’ai envie de voir de plus près. »

Ces pays se ressemblent, certes, car ce sont tous des États autoritaires (pour ne pas dire totalitaires) qui naviguent entre tradition et modernité depuis que la découverte sur (enfin sous) leur sol d’immense réserve de pétrole et gaz a chamboulés leur mode de vie, transformant pêcheurs et bédouins en rentiers en moins de 40 ans.

Ils se ressemblent mais on découvre, une fois sur place, qu’ils sont également très différents les uns des autres…

Julien Blanc-Gras est très ouverts et très curieux. Il va donc faire bon nombre de rencontres… mais assez peu avec des locaux. Le choc culturel est dur, la glace n’est pas facile à briser. Qataris, Dubaïotes et Bahreïnien sont aujourd’hui minoritaires dans leurs pays, et ont développés d’étonnants mécanismes pour protéger leurs modes de vie et leurs traditions.

Disons-le, ce roman m’a beaucoup plus. Encore une fois, Julien Blanc-Gras a su aller au-delà des clichés et nous emmener à sa suite dans sa découverte de ces pays, avec beaucoup d’humour, une humilité et une autodérision impressionnante et un regard décalé bienvenu.


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Ma critique de « La Disparition de Josef Mengele » d’Olivier Guez

Josef Mengele était médecin à Auschwitz. On le surnomme parfois « L’ange de la mort » ou « Le boucher d’Auschwitz ». Il participait à la sélection des arrivants pour déterminer ceux capables de travailler, ce qui condamnait les autres à la chambre à gaz. Il collectionnait les yeux bleus qu’il épinglait tels des papillons sur les murs de son bureau et pratiquait toutes sortes d’expérimentations, notamment sur les jumeaux.

À la libération, Josef Mengele est fait prisonnier par les forces américaines mais il n’est pas identifié par les américains (les SS avaient leur numéro d’immatriculation tatoué… mais par coquetterie, il s’y était toujours refusé…) et est finalement libéré. Il se cache pendant quelques temps mais finit par s’enfuir en 1949 pour gagner l’Argentine.

Josef Mengele est l’un des plus fameux criminels nazis et Olivier Guez nous raconte cet exil en Amérique du Sud.

procul recedant somnia, et noctium phantasmata
Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit.

Arrivé en Argentine, il bénéficie rapidement du soutien de ses pairs en exil et de la complaisance de Juan Perón. Ce dernier entendait profiter de la guerre froid et utiliser les compétences de tous ces fascistes arrivés de toute l’Europe pour préparer la 3e guerre mondiale qu’il pensait imminente.

Sous plusieurs fausses identités, en Argentine puis au Paraguay, et enfin au Brésil, avec le soutien financier indéfectible de sa famille (les Mengele sont issus de Günzburg en Bavière où ils possèdent une florissante entreprise de machines agricoles), on le suit de fuite en fuite jusqu’à sa mort en 1970.

De plus en plus recherché, au fur et à mesure que la lumière est faite sur les crimes nazis et sur les camps, il est traqué par le Mossad puis par les américains et les allemands de l’Ouest mais reste insaisissable. Il en devient presque une légende. Une légende noire et maléfique.

« La Disparition de Josef Mengele » est un excellent roman, une biographie romancée mais fortement documentée. Le portrait de Josef Mengele est saisissant : irascible, égocentrique, raciste, violent, cruel, il ne manifestera jamais aucun regret, ne se remettra jamais en cause. Une histoire parfois glaçante, mais une lecture prenante, voire addictive.

Enfin, une conclusion bienvenue car il est toujours bon de faire acte de mémoire.

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

Ah, et j’ai failli oublier… mais « La Disparition de Josef Mengele » d’avoir le prix Renaudot !


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Ma critique de « Les Mandible : une famille, 2029-2047 » de Lionel Shriver

Le roman commence en 2029. L’Amérique est en faillite, elle s’effondre sous le poids de sa dette. Le dollar perd son rôle central de monnaie de réserve et de référence pour les échanges commerciaux, remplacé par le « bancor », une nouvelle devise élaborée par la Chine et la Russie (j’ai découvert après ma lecture que le bancor n’est pas une invention de Lionnel Shriver mais une proposition datant du sommet de Bretton Woods !). Le Président Alvarado refuse tant la nouvelle devise que la perte d’influence qu’elle représente, il dénonce unilatéralement la dette Étasunienne, interdit toute entrée de bancor et toute sortie de dollars (de toute manière plus personne n’en veux hors des US) et réquisitionne l’or de particuliers.

La crise qui s’ensuit est sans précédent et n’épargne personne. Elle engloutit les fortunes familiales, entraîne une inflation sans précédent et une insécurité grandissante qui confine rapidement au chaos dans les grandes villes.

On va suivre les 4 générations de la famille Mandible tout au long de cette crise. De nombreux personnages qui donnent une bonne idée générale des réactions diverses face à cette situation inédite.

  • Douglas, l’Arrière Grand Homme, celui qui détient la « fortune » des Mandible… mais est rapidement ruiné. Il vit avec sa seconde femme, Luella, plus jeune que lui mais qui a perdu la tête depuis déjà bien longtemps.
  • Ses enfants, eux-mêmes déjà âgés :
    • Carter dont la relation avec son père va évoluer à l’aune de la disparition de cet héritage,
    • et Nollie, la tante émigrée en France, ex. auteure (quand on imprimait encore des livres et qu’on les vendait encore) qui doit revenir car les américains ne sont plus guère les bienvenus ailleurs,
  • Ses petits enfants, et leurs familles :
    • Avery, habituée à son confort, aux épiceries fines, aux traiteurs… dont le mari est professeur d’Économie et, cruelle ironie, spécialiste de la dette.
    • Florence et Esteban, son compagnon. C’est presque plus simple pour eux car ils ont toujours galèrés pour joindre les deux bouts. Ils en ont plus l’habitude.
    • Enfin, Jarred, le tonton devenu récemment fermier. Sa reconversion qui étonnait tant n’est finalement pas une mauvaise idée en tant de crise.
  • Ses arrières petits enfants, la dernière génération : Willing, le fils de Florence, et Savannah, Goog et Bing, les enfants d’Avery.

Les caractères des uns et des autres, et les relations entre eux, sont complexes. Bref, tout cela est assez crédible et le livre comporte beaucoup d’humanité. Certains se dévoilent dans l’adversité, et la solidarité de clan, chez les Mandible en tout cas, n’est pas un vain mot.

Je ne vous dévoilerais pas toute l’intrique mais je vous dirais que je l’ai trouvé vraiment intéressante.
Je préciserais juste que :

  • J’ai trouvé excellente l’idée du Mexique qui construit un mur pour empêcher les immigrés américains de passer la frontière 😉
  • J’ai trouvé pénible, mais crédible, ce manque de solidarité inter-générationnel qui fait payer les jeunes pour maintenir les prestations des seniors.
  • J’ai trouvé flippante la manière dont les citoyens américains se font « pucer » pour dématérialiser la monnaie. Flippante car ce n’est finalement que l’aboutissement de l’évolution, sociétale et légale, actuelle qui nous fait nous résigner à perdre peu à peu la valeur notre vie privée.

Fiction anticipatrice ou dystopie ? En tout cas, j’ai vraiment accroché et je me suis laissé emporté par l’histoire !


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Ma critique de « Frappe-toi le cœur » d’Amélie Nothomb

Ma critique de « Frappe-toi le cœur » d’Amélie Nothomb

J’avais peu goûté la cuvée Nothomb 2016, je ne me suis donc pas précipité sur le traditionnel Nothomb de la rentrée… mais j’ai fini par y céder, et grand bien m’en a pris car je l’ai beaucoup aimé.

Cette année, Amélie nous raconte des histoires de femmes.

  • L’histoire de la belle Marie, séductrice et insouciante qui aime à susciter l’envie, à provoquer admiration. Hélas, enceinte à 19 ans et promptement mariée, elle se rends rapidement compte que c’est, déjà, la fin de sa jeunesse.

Je suis enceinte, j’ai dix-neuf ans et ma jeunesse est déjà finie.

  • C’est alors l’histoire de sa fille, Diane, plus belle encore. Marie est, et restera, maladivement jalouse de fille qui lui vole la vedette, après lui avoir volé sa jeunesse. Heureusement (ou pas ?) pour elle, Diane, en plus d’être belle est intelligente et précoce, elle est rapidement consciente de la situation et se réfugie, littéralement, chez ses grands-parents. Grandissant, elle continuera à parfaire sa carapace, ne s’appuyant que sur une amie d’enfance, Elizabeth Deux, puis, étudiante, se rapprochant d’Olivia, sa maître de conférence et figure maternelle de substitution.

Tout au long du roman, la trame, ce sont les histoires de Marie, de Diane, mais aussi d’Elizabeth, d’Olivia évidemment, de Célia, la petite sœur de Diane avec laquelle Marie adopte une attitude maternelle diamétralement opposée, et qu’elle sur couve et étouffe et enfin de Mariel, la fille d’Olivia que cette dernière maltraite, lui déniant attention et considération.

Bref, le roman parle de cœur(s) et le résumé du livre, c’est le vers de Musset qui lui donne son titre :

Ah! frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. C’est là qu’est la
pitié, la souffrance et l’amour ( … )

L’écriture est toujours aussi fluide, chacun de ses personnages est complexe, digne d’intérêt, et rappelle la cruelle réalité des sentiments. Une fable moderne, forte et émouvante.


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Ma critique de « Plonger » de Christophe Ono-Dit-Biot

Les histoires d’amour finissent mal (en général)

« Plonger » a reçu, en 2013, le Grand Prix du Roman de l’Académie Française ainsi que le Renaudot des lycéens. Je m’attendais donc à un « Grand » roman… mais, en le finissant, je dois dire qui même si sa lecture est globalement agréable, il n’en ai rien. C’est bien écrit mais assez convenu, voire parfois un peu cliché. De plus, l’accumulation de références rends la lecture parfois pénible.

J’ai par contre plutôt apprécié la structure du roman : une manière de multiplier les fils de la narraton pour donner, touches par touches, flashbacks après flashbacks, une vision complète au lecteur donne du rythme et du souffle au roman.

César est journaliste et critique dans un grand journal parisien. Il a beaucoup voyagé, a été de tous les conflits, de toutes les catastrophes, du Tsunami de 2004 en Asie à une prise d’otage au Liban, il en est revenu blessé et refuse désormais de quitter l’Europe, le seul endroit où il se sente désormais en sécurité. Entre refuge et musée.

Paz est une artiste, photographe plus précisèment. Elle est passionnée, voire tourmenté, curieuse mais assez pessimiste et désenchantée.

César s’adresse à leur fils Hector, il lui raconte Paz, sa mère car elle vient de disparaitre et qu’il doit aller reconnaitre son corps, qu’il aura besoin de cette histoire car il n’aura pas sa mère. Il remonte le fil de son histoire, racontant tour à tour la rencontre, les débuts, puis ce qui les précèdent pour expliquer ce qu’ils étaient, l’un et l’autre, aux débuts de leur histoire commune, jusqu’à faire le lien avec la naissance de cet enfant auquel il s’adresse et finalement, dans une dernière partie plutôt réussie, expliquant la fin. Fin du roman, fin de son histoire avec Paz, fin et disparition de Paz.

Le roman n’est pas, et ne se veut pas, objectif : César raconte sa colère contre Paz qui est partie et contre le destin qui la lui a retiré, mais qui a surtout privé son enfant de sa mère. L’histoire illustre bien la difficulté à se comprendre, à dialoguer, à s’accepter. L’histoire est bien ancrée dans le quotidien, mais l’auteur est assez pessimiste sur le monde qui l’entoure, voire corrosif sur le milieu artistique… mais j’aime à penser que s’il s’adresse ainsi à son fils, essayant de lui expliquer les pires travers de notre société, c’est bien qu’au fonds de lui, il espère à s’attend à ce que lorsque son fils le lira, tout ira forcément mieux, et qu’il aura besoin de ses références pour comprendre l’époque où se passe l’histoire de ses parents.

Envoyer des SMS : c’était devenu le geste universel. Le signe de reconnaissance de l’être humain. Les soixante-huitards qui nous avaient endettés avaient gagné : les gens n’avaient plus rien à se dire mais ils communiquaient. Sur Facebook on trouve des grandes discussions « j’aime les frites » et « j’aime pas les juifs » et c’était presque égal.

J’ai eu un peu de mal à comprendre Paz, mais ce n’est sans doute que la conséquence logique du fait que César ne le comprenait pas mieux ? Il raconte sa propre incompréhension.

Notre histoire était fracassée. Tu ne peux pas dire à quelqu’un que tu l’aimes, mais que tu pars. Ça ne tient pas. C’est ridicule. Quand on part, c’est qu’on ne s’aime plus. Point.

La dernière partie, César forcé de quitter l’Europe pour aller à la rencontre de Paz dans un émirat lointain, forcé de se faire violence et quitter l’Europe, est finalement la plus intéressante du livre, et a sauvé ma lecture, rendant bien plus crédible le besoin de César d’écrire ce livre pour Hector.


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Ma critique de « Ada » d’Antoine Bello

Ma lecture précédente était un autre roman d’Antoine Bello (dont j’avais déjà lu L’homme qui s’envola au mois de mai dernier). Hasard, il se situe lui-aussi en Californie (comme Little Brother je veux dire).

Franck Logan est flic. Il doit enquêter sur la disparition d’Ada mais c’est une disparition un peu particulière car Ada n’existe pas, ou plutôt disons qu’elle n’existe pas « physiquement ». Ada est une intelligence artificielle créée par la startup « Turing Corp » pionnière sur le sujet.

Je ne vous en dirais pas plus ici sur l’intrigue, sachez juste que c’est un bon polar.

C’est un bon polar, mais c’est aussi, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt, un roman d’anticipation : suivre la logique d’Ada est vraiment amusant, et le roman est vraiment intelligent mais il devient presque dérangeant tant il questionne, légitimement et avec justesse, les avancées technologiques mal maitrisés et fait écho à certaines prises de paroles récentes quant aux dangers pour l’Humanité de certaines innovations, dont les recherches en Intelligence Artificielle.

Chaque innovation rendue possible par la technologie était désormais mise en œuvre sur-le-champ, sans qu’on prenne le temps d’en évaluer les implications éthiques, sociales ou économiques. On inséminait des sexagénaires, on clonait à tout-va, on changeait de sexe pour un oui ou pour un non. Le concept de vie privée perdait chaque jour un peu de sa substance : la NSA écoutait nos conversations au nom de la sécurité nationale, Google n’ignorait rien de nos petites laideurs et les maris jaloux lisaient la correspondance de leurs épouses. On greffait des cœurs, on remplaçait les articulations défectueuses par des prothèses en titane, on vaccinait es populations entières contre des maladies rarissimes. Les médias saluaient avec une unanime béatitude l’allongement de l’espérance de vie, prédisant pour bientôt l’avènement de l’immortalité. Tout cela allait trop vite pour Frank : Américains, Russes, Chinois, personne n’avait de plan, l’humanité fonçait à sa perte tel un pilote déchainé aux commandes d’un bolide dont chaque nouvelle technologie débridait un peu plus le moteur.


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Ma critique de « Little Brother » de Cory Doctorow

Ma critique de « Little Brother » de Cory Doctorow

Bon allez, c’est fini les vacances, on arrête de rigoler, j’ai PLEIN de critiques en retard moi !

Commençons par « Little Brother » que j’ai terminé hier soir et que je conseille fortement à tout bon geek qui se respecte, mais aussi à toute personne qui s’interroge sur la défense de nos libertés et les dérives sécuritaires de nos sociétés actuelles.

« Little Brother » a été publié en 2008 mais, lu en 2017, il est plus que troublant. Cory Doctorow l’a écrit comme une dystopie se passant dans un futur proche. Il décrit comment une société déjà prompte à utiliser les nouvelles technologies pour surveiller ses citoyens, bascule rapidement et sans résistance dans un tout-sécuritaire pour « rassurer » sa population, à défaut de la protéger.

Le narrateur du livre s’appelle Marcus Yallow, c’est un lycéen de 17 ans qui habite à Sans Francisco. Il est un peu geek sur les bords, a pratiqué les jeux de rôles grandeur nature mais se passionne maintenant pour les jeux ARG (Alternate Reality Game), des jeux en « réalité alternée » qui se passent autant en ligne que dans le monde physique, notamment un jeu nommé « Harakuju Fun Madness ». Il n’apprécie guère les systèmes de surveillance mis en place par son lycée mais sait intelligemment utiliser ses connaissances technologiques pour les déjouer (il mets, par exemple, du gravier dans ses chaussures pour déjouer les analyseurs de démarche).

Au début du roman, Marcus et trois de ses amis bleutent le lycée pour résoudre la dernière énigme de Harakuju FM. Leur vie va basculer car, à ce moment-là, San Francisco est victime d’une attaque terroriste de grande ampleur et, se trouvant au moment endroit au mauvais moment, ils vont être embarqués, suspectés et emprisonnés.

La suite du roman décrit la confiscation grandissante des libertés par la « Sécurité intérieure » sous couvert de lutte anti-terrorisme. Marcus et quelques autres s’en émeuvent mais ils sont rares. La plupart des citoyens acceptent sans broncher dispositifs de traçage et surveillance généralisée.

Cette foutue ville est à nous ! Ce foutu pays est à nous ! Et ce n’est pas un terroriste qui pourra nous les prendre, aussi longtemps que nous resterons libres. Quand nous ne le serons plus, les terroristes auront gagné. Résistez ! Résistez ! Vous êtes assez jeunes et assez cons pour ignorer que c’est perdu d’avance. Vous êtes les seuls capables de nous conduire à la victoire ! Résistez !

Pour être honnête, le livre est intéressant, mais il lui manque un petit quelque chose (peut-être un style un peu plus soutenu ?) pour être un livre vraiment bon. Il est néanmoins parfaitement captivant à défaut d’être passionnant, troublant à défaut d’être rassurant.

Ce qui m’a le plus troublé, ce sont les similitudes que je n’ai pu m’empêcher de remarquer entre le roman et la réponse sécuritaire qui a été la nôtre après les attentats en France et en Europe ces dernières années. Il pose définitivement les bonnes questions : La liberté individuelle peut-elle être réduite au nom de la sécurité ? Jusqu’où peut aller un gouvernement pour « protéger » sa population ?

Il existe un nom pour ce genre de dysfonctionnement – on appelle ça « une maladie auto-immune », quand les défenses de l’organisme s’emballent et s’attaquent à ses propres cellules, qu’elles ne reconnaissane plus. Tôt ou tard, l’organisme finit par s’autodétruire.

Je soutenais déjà la Quadrature du net qui se bats sur le front de la défense de nos libertés, mais j’ai envie de les soutenir ENCORE plus…

Bref, je vous encourage fortement à soutenir aussi la Quadrature et, s’il faut vous en convaincre, lisez donc « Little Brother »… d’autant qu’il est disponible en ligne gratuitement, vous n’avez pas d’excuses.


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