Ma Critique de « La Promesse de l’Aube » de Romain Gary

Le mois dernier, Fabrice Drouelle a consacré un épisode d’Affaires sensible à Romain Gary, relatant par quel subterfuge Romain Gary a pu être le seul écrivain français à obtenir deux fois le Prix Goncourt (Ajar a-t-il tué Gary ?).

Bizarrement, je n’avais encore jamais lu de livre de Romain Gary… mais j’avais adoré ceux de Marcel Ajar… Il était donc temps de rattraper cette grave lacune.

La promesse de l'aube« La promesse de l’aube » est avant tout un hommage de Romain Gary à sa mère… mais c’est aussi, son autobiographie, enfin non, c’est la biographie du couple qu’il forma avec sa mère.

C’est donc leur histoire à tous les deux. Un fils fidèle et obéissant, et une (caricature de) mère juive qui vit pour lui, voire à travers lui. Une histoire émouvante, formidablement bien écrite, souvent drôle, d’une sincérité désarmante et d’une ironie mordante.

Dès son plus jeune âge, sa mère nourrira pour Romain les plus grandes ambitions : son destin sera forcément hors du commun, il deviendra forcément un « grand » homme. Reste à trouver comment. Que diable s’il n’a pas d’oreille, il sera artiste ! Pas de talents ? Il pourra tout de même être artiste mais pas peintre  ! Ils finiront par rêver pour lui d’une carrière d’écrivain, de diplomate, d’ambassadeur de France. Il n’est pas français ? Détail : il le deviendra.

Car, oui, le deuxième amour de sa mère, c’est la France. Un amour irraisonné mais tellement évident qu’il ne se discute pas.

Bref, c’est un livre incontournable qui vous emporte à travers l’Europe (et l’Afrique), à la suite de Romain et sa mère partant à la rencontre de son Destin car, oui, il sera français, écrivain (le seul à avoir obtenu 2 fois le Goncourt si vous avez tout bien suivi), aviateur, héros de Guerre et ambassadeur de France. Il n’aurait pu faire moins.

Une fois n’est pas coutume, je ne résiste pas l’envie de finir par un petit extrait 

Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.


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Écrit par moko Tous les billets de cet auteur →

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