Ma critique de « Les cosmonautes ne font que passer » d’Elitza Gueorguieva

Dans son roman « Les cosmonautes ne font que passer », Elitza Gueorguieva laisse parler la petite fille qu’elle était, de son entrée à l’école Iouri Gagarine à 7 ans jusqu’à ses 14 ans.

Lorsqu’elle rentre à l’école, elle décide rapidement qu’elle veut devenir Iouri Gagarine… mais évidemment, devenir Iouri Gagarine, pour une petite fille, Bulgare qui plus est, ça ne vas pas être facile.

Le ton est plaisant, l’histoire sympathique et souvent drôle, et j’ai vraiment apprécié de décalage du regard entre ce qu’on comprends, nous, lecteurs adultes du XXIe siècle, et ce que cette enfant en dit. Elle décrit la fin d’une époque, nous savons que c’est le basculement d’un monde.

Outre cette petite fille bulgare, on notera quelques personnages secondaires savoureux :

  • ses parents, quelque peu blasés par cette petite fille fantasque, qui se livrent à des activités clandestines dans la salle de bain en laissant couler l’eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément,

« Ton père n’est pas un manuel de cosmonautique, t’assure-t-il en mastiquant nerveusement un cure-dents. Tu comprends que ton enquête sur Iouri Gagarine, menée vigoureusement depuis quelques jours auprès de ton entourage, n’est pas prise au sérieux, et cela t’indigne au plus haut point. Tu décides de te venger et tu caches la boîte de cure-dents derrière le frigidaire, manœuvre surprise par ton père qui te demande de t’expliquer. Tu lui dis alors, tout en remettant la boîte de cure-dents à sa place, que tu aimerais aborder avec lui, afin de mieux décortiquer l’histoire de la conquête spéciale, quelques problématiques concrètes, à savoir :
a) C’est quoi ?
b) C’est où ?
c) Comment peut-on participer ? »

  • son grand père, communiste émérite, seul réel soutien dans son projet de conquête spatiale,

Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.

  • son chien, l’indestructible bâtard Joki, qu’elle verrait bien participer à la conquête spatiale,
  • sa camarade de classe, Constantza « habillée comme un baklava rose », tour à tour « peste » et « meilleure amie ».

Au début du roman, on est en plein communisme, on découvre un camarade président indéboulonnable, une camarade directrice, professeure de russe et de patriotisme, un placard « difficile d’accès » bien utile, les pénuries et les queues devant les magasins. Puis le mur de Berlin tombe, la transition démocratique se mets en place, l’école change de nom, la camarade directrice s’appelle désormais madame, la mafia arrive, la pauvreté aussi…

Entre ironie et émotion, politique sans être partisan, c’est un bien beau premier roman et un belle découverte.


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Écrit par moko Tous les billets de cet auteur →

Lomographe, lecteur... et maître de la toile d'araignée... et expert en accessibilité... et des trucs dans les medias, les réseaux, le marketing, le design...

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