Ma critique de « Plonger » de Christophe Ono-Dit-Biot

Les histoires d’amour finissent mal (en général)

« Plonger » a reçu, en 2013, le Grand Prix du Roman de l’Académie Française ainsi que le Renaudot des lycéens. Je m’attendais donc à un « Grand » roman… mais, en le finissant, je dois dire qui même si sa lecture est globalement agréable, il n’en ai rien. C’est bien écrit mais assez convenu, voire parfois un peu cliché. De plus, l’accumulation de références rends la lecture parfois pénible.

J’ai par contre plutôt apprécié la structure du roman : une manière de multiplier les fils de la narraton pour donner, touches par touches, flashbacks après flashbacks, une vision complète au lecteur donne du rythme et du souffle au roman.

César est journaliste et critique dans un grand journal parisien. Il a beaucoup voyagé, a été de tous les conflits, de toutes les catastrophes, du Tsunami de 2004 en Asie à une prise d’otage au Liban, il en est revenu blessé et refuse désormais de quitter l’Europe, le seul endroit où il se sente désormais en sécurité. Entre refuge et musée.

Paz est une artiste, photographe plus précisèment. Elle est passionnée, voire tourmenté, curieuse mais assez pessimiste et désenchantée.

César s’adresse à leur fils Hector, il lui raconte Paz, sa mère car elle vient de disparaitre et qu’il doit aller reconnaitre son corps, qu’il aura besoin de cette histoire car il n’aura pas sa mère. Il remonte le fil de son histoire, racontant tour à tour la rencontre, les débuts, puis ce qui les précèdent pour expliquer ce qu’ils étaient, l’un et l’autre, aux débuts de leur histoire commune, jusqu’à faire le lien avec la naissance de cet enfant auquel il s’adresse et finalement, dans une dernière partie plutôt réussie, expliquant la fin. Fin du roman, fin de son histoire avec Paz, fin et disparition de Paz.

Le roman n’est pas, et ne se veut pas, objectif : César raconte sa colère contre Paz qui est partie et contre le destin qui la lui a retiré, mais qui a surtout privé son enfant de sa mère. L’histoire illustre bien la difficulté à se comprendre, à dialoguer, à s’accepter. L’histoire est bien ancrée dans le quotidien, mais l’auteur est assez pessimiste sur le monde qui l’entoure, voire corrosif sur le milieu artistique… mais j’aime à penser que s’il s’adresse ainsi à son fils, essayant de lui expliquer les pires travers de notre société, c’est bien qu’au fonds de lui, il espère à s’attend à ce que lorsque son fils le lira, tout ira forcément mieux, et qu’il aura besoin de ses références pour comprendre l’époque où se passe l’histoire de ses parents.

Envoyer des SMS : c’était devenu le geste universel. Le signe de reconnaissance de l’être humain. Les soixante-huitards qui nous avaient endettés avaient gagné : les gens n’avaient plus rien à se dire mais ils communiquaient. Sur Facebook on trouve des grandes discussions « j’aime les frites » et « j’aime pas les juifs » et c’était presque égal.

J’ai eu un peu de mal à comprendre Paz, mais ce n’est sans doute que la conséquence logique du fait que César ne le comprenait pas mieux ? Il raconte sa propre incompréhension.

Notre histoire était fracassée. Tu ne peux pas dire à quelqu’un que tu l’aimes, mais que tu pars. Ça ne tient pas. C’est ridicule. Quand on part, c’est qu’on ne s’aime plus. Point.

La dernière partie, César forcé de quitter l’Europe pour aller à la rencontre de Paz dans un émirat lointain, forcé de se faire violence et quitter l’Europe, est finalement la plus intéressante du livre, et a sauvé ma lecture, rendant bien plus crédible le besoin de César d’écrire ce livre pour Hector.


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Écrit par moko Tous les billets de cet auteur →

Lomographe, lecteur... et maître de la toile d'araignée... et expert en accessibilité... et des trucs dans les medias, les réseaux, le marketing, le design...

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