Voici 2 ans qu’Ari a quitté l’Islande pour le Danemark, abandonnant femme et enfant. Cette rupture, il l’a voulu et mais il la regrette. Mais Ari reçoit une lettre de sa belle-mère et un colis rempli de souvenirs qui le pousse à quitter sa maison d’édition danoise et à revenir au pays.

« D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds », c’est l’histoire d’Ari mais aussi de ses parents, et des grands-parents. C’est l’histoire de l’Islande : 3 époques et tout un siècle.

  • C’est d’abord l’histoire d’Oddur, célèbre capitaine et armateur de Norðfjörður, de sa femme Margret et de son fils Tryggvy. Avant Oddur, mourir en mer était le destin du marin, comme une fatalité. Oddur sera le premier capitaine à savoir nager et à exiger de son équipage qui fasse de même.
  • C’est aussi l’adolescence d’Ari, petit-fils d’Oddur, au tournant des années 80 à Keflavik, alors que les américains s’apprêtent à fermer leur base et que les quotas de pêche sont en train de transformer le métier de marin et tout la filière qui lui ait associée.
  • C’est donc enfin la crise existentielle d’Ari dont le retour à Keflavik est douloureux.

Plus que ces 3 histoires qui se mêlent et s’entremêlent, plus que ces 3 époques, c’est aussi l’histoire de l’Islande et des islandais. Sa lecture vous emportera vers cette terre rude et sauvage, vers cette mer impitoyable, cette nature sauvage

Keflavik […] a « trois points cardinaux : le vent, la mer, l'éternité. »

Enfin vous emportera… Il faut que je vous prévienne, c’est une lecture exigeante. D’aucuns seront touchés par ses emportements poétiques (j’en fait partie) quand d’autres pourraient n’y voir qu’un charabia sans queue ni tête.

Question : Qu'est-ce qui voyage plus vite que la lumière ?

Réponse : Le temps lui-même.

Il nous traverse comme une flèche. Sa pointe acérée fend la chair, les organes et les os, c'est la vie, l'instant d'après, cette pointe ressort en empruntant le même chemin, c'est la mort.

Plus vite que la lumière. Il suffit qu'il pleuve pour que passent dix années. Un battement de paupières et vous vieillissez, la nuit de la mort surplombe les montagnes. Le temps va si vite, mais parfois si lentement que, presque, nous suffoquons. Nous sommes à la fois la tortue et le lièvre, arrivons à la fois premier et bon dernier, c'est à n'y rien comprendre. Alors nous disons simplement : Elle a ôté sa robe.

Mais si vous ne vous y noyez pas, vous aurez la chance de découvrir une littérature différente, et un incroyable pays. Je suis, pour ma part, heureux d’avoir découvert cet auteur, et ces régions islandaises que je connaissais mal.

Celui qui lit tellement de poésie qu'il en vient à imaginer qu'il peut nager jusqu'à la lune doit pouvoir vivre plus longtemps, le monde ne saurait se passer de ce genre de personnes.


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