« 1 million d’exemplaires vendus », une série TV nominée aux Golden Globes 2021. Tout pour vous interpeller et vous happer (ou, à l’inverse, vous faire fuir, c’est selon).

Moi, ça m’a convaincu de tenter la lecture de ce 2e roman de l’autrice irlandaise Sally Rooney (j’avoue aussi que le fait que ce se passe en Irlande, pays que j’apprécie beaucoup, a aussi influencé mon choix).

« Normal People », c’est l’histoire de Connell et de Marianne dans ces années charnières, de la fin du lycée au début des études, où on devient tout doucement adultes. Mais attention, il ne faut pas prendre le titre au premier degré car Connell et Marianne ne sont pas précisément des archétypes de « normalité ».

Marianne, c’est l’intello hautaine issue d’une famille bourgeoise, aussi aisée que dysfonctionnelle. Au lycée, elle n’a pas d’amis, elle ne maitrise pas les codes.

Ça lui semblait si fou de devoir porter un uniforme chaque jour et de s'attrouper toute la journée dans un immense bâtiment, sans même avoir le droit de regarder où elle voulait. Même le mouvement de ses yeux tombait sous le coup du règlement de l'école.

Connell, au contraire est d’un milieu bien plus modeste, c’est le fils de la femme de ménage. Par contre, au lycée, il maitrise les codes à la perfection : intelligent, sportif, populaire.

Lorsqu’on fait leur connaissance à Carriklea, petite ville irlandaise, l’étincelle se produit et ils connaissent ensemble leur première histoire d’amour… mais elle reste cachée car Connell n’assume pas. Il maitrise les codes mais se sent, lui-aussi, différent. Il se contente de jouer le rôle qu’on attend de lui.

Un an plus tard, on les retrouve étudiants au Trinity College de Dublin et les rôles s’inversent. Marianne est toujours aussi fragile mais elle trouve sa place parmi les étudiants aisés alors que, pour Connell, c’est clairement bien plus compliqué de trouver sa place et de s’assumer.

J’ai sans doute cru qu'en venant ici j'aurais plus de chances de trouver ma place. Vous savez, je me suis dit qu'il y aurait plus de gens avec la même façon de penser que moi. Mais, franchement, les gens ici sont bien pires que ceux que je connaissais au lycée. La seule chose qu'il font à Trinity, c'est comparer les revenus de leurs parents.

Une histoire qui raconte la jeunesse, l’amitié, le sexe, la difficulté de ne pas être dans la norme mais l’aspiration à intégrer le cercle des « gens normaux » sans renoncer à ce qu’on est. Connell et Marianne parfois agaçants… mais ils le sont parce qu’ils sont humains et complexes, qu’ils font l’effort de se chercher. Les voir devenir adultes est touchant et est raconté issu de manière juste et sensible.

It's funny the decisions you make because you like someone, he says, and then your whole life is different. I think we're at that weird age where life can change a lot from small decisions.

Ce n’est pas le roman phénomène qu’on m’avait promis mais c’est une expérience de lecture très enrichissante. Plus complexe et plus riche que ce que j’aurais imaginé.


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