Tout le monde connait William Shakespeare (1564, 1616)… et pourtant.

Il a écrit d’innombrables pièces, plus de 900 000 mots à vraie dire. Il en a même inventé plus de 2000 qui sont aujourd’hui entré dans l’anglais de tous les jours… et pourtant, nous n’en possédons que 14 écrits de sa main : 6 signatures (avec son nom et son prénom), et la formule « Par moi » dans son testament.

Il existe un nombre incroyable de thèses, de biographies, d’études, de romans voire de films sur sa vie… et pourtant peu de faits sont établis. De 1585 à 1592, nous ne savons même pas ce qu’il faisait et où il vivait. S’il était acteur itinérant en Angleterre ou s’il a visité l’Italie.

Tout le monde connait tous William Shakespeare, et tout le monde est capable de le reconnaitre… et pourtant nous ne savons pas vraiment à quoi il ressemblait.

Il serait donc presque vain de vouloir écrire sa biographie… et c’est bien pour cela que Bill Bryson a fait le choix d’écrire son antibiographie : il ne cherche pas à nous raconter qui était Sir William Shakespeare, alias le Barde, ni quelle était sa vie, mais à analyser tout ce qui a été dit ou écrit sur lui, en argumentant sur la crédibilité de chacune de ses hypothèses… innombrables. D’aucuns ont tenté d’affirmer qui était catholique, ou que ce serait un plagiaire éhonté. Était-il fidèle ou infidèle ? Amoureux des femmes ou des hommes ? Pour Freud, il était même français et se serait appelé « Jacques Pierre » !

Bill Bryson analyse donc toutes les théories, démonte donc toutes les spéculations, avec talent et avec humour (forcément, c’est Bill Bryson !). Mais c’est aussi une lecture passionnante et instructive où l’on en apprend beaucoup sur l’Angleterre du XVIe siècle, ses épidémies de peste récurrentes (« William Shakespeare vit le jour dans un monde qui manquait d’habitants et avait bien du mal à garder ceux qui y naissaient. »), ses théâtres (nous n’avons que quelques traces de théâtres élisabéthains, quelques dessins mal exécutés), notamment le Théâtre du Globe (dont nous en savons encore moins, ce qui n’a pas empêché d’en construire une « reconstitution » à Londres !).

C’est autant un portrait en creux de cet immense auteur, un parcours guidé de cette immense énigme protéiforme, qu’une leçon d’histoire anglais.


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