Hiroshima mon amour

Hiroshima mon amour

Depuis hier, je vois passer beaucoup d’articles sur Hiroshima à l’occasion de la commémoration des 70 ans de son bombardement.

J’ai visité Hiroshima en 2007, lors de mon voyage de noces au Japon, et ce fut, pour ma femme comme pour moi, l’un des temps forts de notre voyage. 8 ans après, ces articles sur Hiroshima continuent de résonner en moi… Je me suis donc décidé à partager ici quelques conseils pour vous convaincre d’y aller et, si j’y arrive, pour profiter au mieux de cette visite.

Conseil no 1 : y aller

Hiroshima, c’est la ville qui parle à votre tête, à votre cœur et à vos tripes. Mon premier conseil est donc tout simplement d’y aller absolument.
Depuis le 6 août 1945, la ville est universellement connue pour avoir été la cible du premier bombardement atomique de l’Histoire. Quand on décide d’y aller, c’est donc évidemment avec la curiosité de découvrir ce que cette ville est devenue après cet événement effroyable.

La Cité de la Paix

Depuis 1949, Hiroshima est la Cité de la Paix… et c’est effectivement la première chose qui nous a marqué là-bas : sur les ruines de leur cité, les habitants d’Hiroshima ont su reconstruire une ville toute entière tourné vers la paix. Le message que délivre aujourd’hui Hiroshima, c’est plus jamais ça à travers une incroyable sensation de paix et de fraternité.

Conseil no 2 : loger au World Friendship Center

Le World Friendship Center n’est ni un hôtel, ni une auberge de jeunesse : c’est une maison d’hôte, assez proche du centre, appartenant à une ONG américaine qui vous propose de vous loger mais aussi de vous faire découvrir la ville et de rencontrer des « Hibakushas » (des survivants du bombardement).
WFC

Petite histoire du WFC

En 1951, Barbara Reynolds et sa famille aménage à Hiroshima. Son mari travaille à une étude sur les effets des radiations sur les enfants d’Hiroshima. Pendant 3 ans, Barbara passe le plus clair de son temps à rencontrer des hibakusha. Elle en ressort convaincu que leurs témoignages ne doivent pas être oubliés, et surtout qu’en les faisant connaître, on contribuera à ce que ça ne se reproduise plus.

Le 7 août 1965, elle fonde le World Friendship Center, convaincue que la ville d’Hiroshima (et ses hibakusha) est désormais porteuse d’un message universel de paix… que le centre doit aider à essaimer. Accueil des visiteurs, organisation de rencontres et de visites mais aussi traduction des récits des hibakusha, cours d’anglais, création du programme Peace Ambassador Exchange (PAX) dans le cadre duquel des équipes sont envoyés aux États-Unis, en Pologne, en Allemagne et en Corée…

Aujourd’hui, le centre est resté fidèle à ses principes fondateurs. Des couples de volontaires américains se relaient pour le tenir. C’est un endroit incroyable que je ne peux que chaudement vous recommander.

Conseil no 3 : Visiter le Musée de la Paix et jardin Mémorial pour la Paix

Commencez par la visite du musée, c’est une expérience particulièrement intense. Réservez donc la visite des jardins pour après, cela vous permettra de vous en remettre dans le calme des jardins.

Le Mémorial pour la Paix

La visite du musée va crescendo, présentant d’abord les éléments historiques ayant amené les États-Unis à lancer la bombe. Tout y est présenté sans pathos et sans ressentiment, avec une grande objectivité… ce qui est en soi déjà impressionnant dans un pays qui a encore beaucoup de mal avec cette partie de son histoire.

La première attaque atomique de l’histoire

Le 6 août 1945 à 8h15, le bombardier B29 Enola Gay largue la bombe à près de 9 000 mètres au-dessus de la ville. À 8h16, après 43 secondes de chute libre, la bombe explose à 587 mètres du sol, au cœur de l’agglomération.
L’explosion rase instantanément la ville ; 75 000 personnes sont tuées sur le coup. Dans les semaines qui suivent, plus de 50 000 personnes supplémentaires meurent. Le nombre total de morts reste imprécis ; il serait de l’ordre de 250 000. Sur les 90 000 bâtiments de la ville, 62 000 sont totalement détruits. Il ne resta aucune trace des habitants situés à moins de 500 mètres du lieu de l’explosion.

Les faits vous glacent déjà les sangs… mais ils ne sont rien comparés au second bâtiment du musée dans lequel l’historien laisse la place aux témoins pour présenter les dégâts matériels et humains… l’ambiance s’alourdit et les émotions sont vives. Âme sensibles s’abstenir (ma femme s’est arrêté avant les conséquences humaines, c’était trop pour elle).

Rien que cette visite est en soi une expérience inoubliable. Une fois sorti, vous serez comme étonné de la légèreté de l’ambiance qui règne à Hiroshima. On sort du musée lourd et grave… mais l’optimisme revient en constatant que cette fureur destructrice n’a pas détruit la ville mais, qu’au contraire, elle lui a permis de ce transcender, de devenir un symbole de Paix pour le monde entier.

D’ailleurs, en vous promenant dans le jardin, vous croiserez de nombreux japonais dont certains vous demanderont certainement de leurs prendre la main pour, durant une minute de silence partagée, prier pour la paix dans le Monde.

Les divers monuments que vous pourrez trouver dans les jardins sont tous également tous porteur d’une charge émotionnelle forte.

  • Le Cénotaphe commémore la mémoire des victimes.
  • La Flamme de la Paix brulera tant qu’il existera des armes nucléaires dans le monde.
  • La Cloche de la Paix résonne tous les 6 août.
  • Les Portes de la Paix portent l’inscription « Paix », retranscrite en 49 langues et 18 alphabets ; leur nombre fait écho aux neuf Cercles de l’enfer du poète italien Dante, auquel fut rajouté un dixième cercle, celui de Hiroshima.
  • Le Monument de la Paix des enfants est particulièrement émouvant. Il garde la mémoire de Sadako Sasaki, jeune japonais iradiée en 1945 qui, selon une ancienne traditions japonais, a voulu réaliser un millier de grues pour avoir son souhait exaucé. Depuis, des milliers de grues en papier du monde entier y sont déposées quotidiennement.
  • Les cocottes du mémorial des enfants

  • Le Dôme de Genbaku est le bâtiment ayant résisté le plus proche de l’hypocentre de la bombe. L’édifice aurait dû être détruit mais la ville de Hiroshima décida de le garder dans l’état dans lequel il se trouvait juste après l’explosion, afin de laisser une empreinte éternelle à cette catastrophe. En 1996, il a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO avec comme argument que « le Dôme est devenu un monument universel pour l’humanité entière, symbolisant l’espoir d’une paix perpétuelle et l’abolition définitive de toutes les armes nucléaires sur la Terre

Atomic Bomb Dome

Conseil no 4 : Shukkeien Garden

Après ces visites éprouvantes, je vous conseille de déambuler dans les allées duu magnifique jardin Shukkein pour découvrir, reproduits en miniatures, les panoramas naturels les plus grandioses.
Le jardin date de 1620 et est donc l’un des symbole de la renaissance d’Hiroshima, de ce message d’espoir d’une ville qui reste tout entière tournée vers l’avenir.

Shukkeien Garden

Conseil no 5 : maîtriser un minimum de japonais

Ça c’est un conseil générale si vous voulez pouvoir visiter le Japon en étant un minimum autonome et en sortant des sentiers battus. Je ne parle pas d’années de pratiques mais la connaissance des 2 alphabets japonais et la connaissance de quelques phrases de bases feront vraiment la différence. Ne serait-ce pour montrer aux japonais votre volonté d’aller vers eux.

Voilà, ça m’a fait beaucoup de bien, 8 ans après, d’écrire tout cela.. j’espère vraiment que certains le liront et iront à Hiroshima.
Si vous êtes parisiens, ou vous passez par Paris, n’hésitez pas à me contacter : on pourra manger japonais et discuter de tout cela 🙂

Écrit par moko Tous les billets de cet auteur →

Lomographe, lecteur… et maître de la toile d’araignée… et expert en accessibilité… et des trucs dans les medias, les réseaux, le marketing, le design…

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