Je vous fais le pitch

« Sciences » est un recueil de nouvelles édité par la maison d’édition indépendante Copie gauche. Plus précisément, c’est le quatrième recueil dans la collection « C’était mieux demain » dont les appels à projet visent à recueillir des récits d’anticipation écologistes, avec une dimension optimiste assumée, dans le but d’esquisser des futurs alternatifs. Le thème pour ce recueil étant les « Sciences ».

Maintenant qu’on a dit ça, penchons-nous sur les quatre nouvelles :

  • Le grand refroidissement, par Oval, est un récit écrit à la première personne. La narratrice se nomme Cass, et c’est une adolescente, plutôt bonne élève (mais pas trop, il faut savoir se retenir pour rester bien intégrée au Groupe). Le père de Cass est malade, depuis un bon moment. C’est un ancien développeur, issu de la génération X, et il est l’un des premiers malades atteint du « Syndrome de la Mémoire Éclatée » que l’on comprend être la conséquence du monde dans lequel nous vivons, c’est à dire d’une certaine perte de repères, de manques de relations, de sursollicitations…
  • Sapere Aude :), de Grégoire Epitalon, commence en 2034 et raconte l’histoire de Aude, une étudiante qui vient de terminer son master et s’apprête à devenir thésarde. Sa voie est toute tracée, à la fois par le système et par un professeur qui est devenu son mentor dans un système de recherche corseté par l’European Science Act… mais une annonce de stage de terrain pour l’été, proposée par un Laboratoire indépendant, va ébranler ses certitudes… et l’amener à se demander si certaines recherches qui ont été totalement supprimées du corpus officiel ne proposeraient pas des solutions bien plus efficace, plus innovante… et, surtout, permettant de se reconnecter avec toute la société.
  • Les escargots brilleront la nuit, de Carole Nguyen Vo, est à la fois un autre récit à la première personne, et une autre histoire d’étudiant intrigué par une annonce… Celle-ci pour rechercher des « volontaires pour une expédition scientifique nocturne vers le Maroc ». Pourquoi une expédition ? (Alors qu’on comprend que les expéditions scientifiques sont devenus rares dans un monde qui a été - enfin - contraint d’adapter ses pratiques pour limiter son impact sur le dérèglement climatique) Pourquoi nocturne ? Pourquoi le Maroc   Cette fois encore, le système scientifique est décrit comme sous pression et mis sous contrôle par une bureaucratie et un pouvoir politique qui ne sont plus guidés par le bien commun, mais bien plus préoccupés de la bonne marche de l’économie que des conséquences du désordre climatique sur les hommes.
  • Systématique Buffonesque, de Juliette Rimetz, est encore un récit à la première personne. Nous sommes en 2030 et Eva est étudiante et vit dans un système luttant - encore une fois - contre l’effondrement. Il s’agit ici aussi de questionner la science académique et la notion d’activisme. (Désolé, j’ai plus de mal à pitcher cette nouvelle dont la structure narrative m’a paru confuse… Il est possible que je manque de références…)
  • La grammaire de l’univers, de Nicolas Skinner, met en scène Carmen, chercheuse en Physique théorique au Centre de Recherche Quantique de Madrid. Dans ce futur proche, il existe un « Conseil Mondial de la Recherche » qui utilise une super-IA : EQUA (valuation Quantitative et Unifiées de l’Avancement) remplace les chercheurs humains pour définir les orientations de la recherche… jusqu’au jour où elle signe une publication hors-norme, ébranlant les fondations même de la science en posant la question « Et si la structure fondamentale de l’univers obéissait à une sorte de grammaire cosmique ? ». EQUA aurait-elle été hackée par les Héritiers du verbe, cette organisation présentée comme une secte anti-sciences ?

Je vous donne mon avis

Je distinguerais la première nouvelle - Le grand refroidissement - des quatre autres car elle s’intéresse aux conséquences du monde numérique ultra-connecté dans lequel nous vivons, quand les quatre suivantes ont en commun d’imaginer un monde dans lequel le dérèglement climatique s’est accentué, mettant sous tension à la fois nos écosystèmes, mais aussi nos sociétés elles-même, notamment notre capacité à mobiliser notre système de recherche et à éviter qu’il ne soit instrumentalisé par le pouvoir politique… En sous-titres, et c’est bienvenu, on devine les conséquences de l’avancée actuelle de l’extrême-droitisation, voire de la fascisation, de nos sociétés… au moment-même où il conviendrait de collaborer pour lutter collectivement.

J’en retiens de multiples propositions visant à donner des pistes de réflexion encourageantes, sans tomber dans la simplicité et sans prétendre connaître de solutions idéales :

  • Sapere Aude explore une organisation à même de libérer la recherche du carcan universitaire, s’inspirant des modèles d’auto-gestion et collaborant activement avec l’ensemble de la société dans une posture d’écoute et d’empathie.
  • Les escargots brilleront la nuit illustre les biais d’un système scientifique devant lutter contre un dérèglement dont il est en bonne partie responsable, et reproduisant dans ses recherches les discriminations et le mépris de classe hérité de nos société actuelles.
  • Systématique Buffonesque décrit un système universitaire à bout de souffle, mais mets en lumière la nécessité de résister et de politiser la science.
  • La grammaire de l’Univers oppose deux visions de la science, mais aussi deux visions de l’IA. EQUA, l’IA institutionnelle est gourmande, tant en énergie qu’en ressource, et pensée pour orienter la recherche et faire taire les voix dissidentes. LOGOS, son alternative anti-système, est une IA qui ne dévore pas le monde, mise au point par les Héritiers du verbe, opposés à cette mise sous contrôle mais aussi à la hiérarchisation artificielle entre les sciences.

Un recueil est forcément inégal, mais j’ai apprécié ces différentes propositions que j’ai trouvé nuancées et complémentaires. L’objectif d’alimenter réflexions et luttes écologiques est atteint, il vient donc rejoindre ma liste des Utopies et dystopies écologiques. Je serais curieux de lire les premiers recueils de cette collection « C’était mieux demain ».

Précisons enfin - c’est important - que l’ouvrage est publié sous licence CC-By-SA et que 25% du prix du livre va aux artistes.

Couverture du livre Sciences
Titre
Sciences
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Ma note
4.0 sur 5 étoiles