À plusieurs reprises, j'avais déjà pris en main ce livre chez mon libraire préféré... mais j'ai beau beaucoup (trop) l'aimer (ce libraire), il faut faire des choix... et je ne l'avais pas encore acheté. Puis il a fait partie d'une opération « Masse Critique » et j'ai vu cela comme un signe :) (merci à Babelio et aux éditions Burn-Août)

De la même manière donc que j'avais déjà plusieurs fois parcouru la quatrième, j'avais aussi dans ma mémoire militante quelques infos plus ou moins claires et précises à propos de Lyon : je savais qu'il s'agit d'une ville où de nombreuses organisations fascistes prolifèrent, et qu'en réaction de nombreuses organisations antifa y sont également actives. Et puis, évidemment, il y a ce que j'ai lu en début d'année quand le militant néo-nazi Quentin Deranque a trouvé la mort en marge d'une conférence de Rima Hassan...

Précisons néanmoins que « Fragments d'une lutte antifasciste » date de 2024, avant ces évènements donc. Il a été publié un an après la dissolution de la GALE (Groupe Antifasciste Lyon et Environs), pour recueillir les témoignages de militant·es et raconter 15 ans de luttes antifascistes, anarchistes et autonomes à Lyon.

La GALE a été formée en 2013, en réaction à la mort de Clément Méric à Paris (un militant antifasciste parisien qui a trouvé la mort en 2012 dans une rixe avec un groupe de skinheads d'extrême droite et, non, lui n'a pas eu le droit à sa minute de silence à l'Assemblée). En 2022, Gérald Darmanin, qui était encore ministre de l'Intérieur, décide d'enclencher une procédure de dissolution de la GALE (ainsi que de 3 autres collectifs dont les Soulèvements de la Terre). Ce qui est reproché à ces collectifs est particulièrement flou, les dissolutions seront donc dans un premier temps suspendues en référé par le Conseil d'État, puis finalement validées en 2023 (seuls les soulèvements y échapperont grâce à des soutiens tant populaires que politiques).

Ce recueil contient donc des témoigages qui vont du passé militant de celleux qui ont fondé la GALE, jusqu'à leurs autoportraits après cette dissolution, en passant par tout ce qui a lié ces militant·es, les luttes comme les relations interpersonnelles. Olivier Minot ne cherche pas à défendre la GALE, du moins pas frontalement. C'est bien plus nuancé que cela, et c'est bien ce qui rends cet ouvrage intéressant. On y perçoit à la fois la violence de l'extrême droite et celle, en réaction, des groupes antifascites. On se confronte à la culture virilistes que fascistes et antifas ont tendance à partager, mais aussi à ce qui avait été mis en place contre cela à la GALE (qui était plutôt une organisation mixte). Seront aussi abordés les problématiques de Groupe, notamment les tiraillements entre la volonté d'une organisation horizontale, et les hiérarchies qui peuvent néanmoins parfois apparaître ou s'imposer. Bref, 15 années de culture militante qui sont résumées, et c'est un témoignage passionnant et de grande valeur.

Le livre a beau avoir été publiée avant l'affaire Quentin Deranque, sa lecture confirme à quelle point cette affaire a été instrumentalisée pour diaboliser les groupes antifas, à Lyon et ailleurs. L'action antifasciste est criminalisée comme l'est l'action écologique (ce qui est assez logique car à n'en pas douter elles sont liées), et rétablir un peu de nuance ne peut que nous faire du bien... et nous aider à mettre en place des organisations plus efficaces, qui savent se questionner sur leurs pratiques (qu'il s'agissent de violences, de sexisme, de racisme, d'antisémitisme, etc.) pour espérer être plus en phase avec les valeurs qu'elles défendent. À n'en pas douter, cela ne peut que les rendre plus efficaces...

Couverture du livre Fragments d'une lutte antifasciste
Titre
Fragments d'une lutte antifasciste
Auteur
Ma note
4.5 sur 5 étoiles